En salle depuis le 4 novembre, L'Affaire Marie-Claire de Lauriane Escaffre et Yvo Muller remonte à l'automne 1972, dans un tribunal de banlieue parisienne où tout va basculer.
Marie-Claire Chevalier a seize ans. Elle est jugée pour avoir avorté, à l'époque un délit, après un viol. Sa mère et les trois femmes qui l'ont aidée comparaissent à côté d'elle. Leur avocate, Gisèle Halimi, prend alors un pari qui ressemble à une folie : elle leur demande de ne pas plaider coupable. Pas d'excuses, pas de tête basse. On retourne le procès et on fait de la salle d'audience une tribune.
Charlotte Gainsbourg campe cette Halimi-là, droite, tranchante, qui transforme le box des accusées en réquisitoire contre la loi elle-même. Face à elle, Cécile de France joue la mère, et Grégory Gadebois complète un casting qui ne force jamais le trait. Le film tient d'ailleurs à peu de choses : des couloirs, des bancs de bois, des plaidoiries. Et ça suffit largement.
Ce que réussissent les réalisateurs, c'est de ne pas transformer un épisode d'histoire en leçon poussiéreuse. On connaît la suite, le procès de Bobigny a pesé lourd dans la dépénalisation de l'avortement trois ans plus tard, avec la loi Veil. Sauf que le film ne se repose pas une seconde sur cette issue connue. Il filme l'incertitude, la peur de ces femmes, la mécanique d'un combat qui se gagne phrase après phrase.
Pour prolonger le film et replonger dans le vrai procès, le récit de Catherine Valenti rejoue l'audience et la stratégie d'Halimi :
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Présenté à Cannes au printemps, le film a beaucoup fait parler, et pas seulement pour ses actrices. Il ressort à un moment où ce droit recule ailleurs dans le monde, ce qui donne à ces audiences de 1972 un écho franchement dérangeant. On en sort rarement indifférent.
À qui on le conseille ? À ceux qui aiment les grands films de procès, ceux où l'action tient dans un échange de regards et une prise de parole qui claque. Si vous avez aimé les joutes verbales à l'ancienne, vous allez être servi. C'est dense, c'est parfois raide, et le propos n'a rien de tiède.
Comptez deux heures pleines, sans temps mort. Et prévoyez d'en reparler en sortant, parce que ce genre de film ne vous lâche pas sur le parking du cinéma.
Crédit photo : Gaumont / AlloCiné




