Maxime Chattam a toujours eu le chic pour sortir ses romans au bon moment. Celui-là est arrivé en librairie le 28 octobre, trois jours avant Halloween, et il faut reconnaître que l'objet tombe à pic. 496 pages, 23,90 euros chez Albin Michel, une couverture sombre qui ne cache rien de ses intentions.

L'histoire démarre à Saint-Cast-le-Guildo, petite station balnéaire des Côtes-d'Armor où il ne se passe jamais rien. Un pêcheur se fait tuer par un grand requin blanc. Puis une deuxième attaque. Et là, tout le monde pense à la même chose : Les Dents de la mer. Chattam ne s'en cache pas, il revendique l'hommage, tout comme il assume un petit côté Goonies avec sa bande d'ados qui fouinent là où il ne faudrait pas.

Parce que le vrai sel du bouquin, c'est ça. D'un côté le gendarme Lucas Romy et une spécialiste des squales qui tentent de comprendre ce qu'un tel prédateur fabrique dans ces eaux froides. De l'autre, des gamins persuadés d'avoir réveillé l'Ankou, cette figure de mort qui hante les légendes bretonnes depuis des siècles. Et quelques victimes qui, visiblement, n'étaient peut-être pas dans l'eau au moment de mourir.

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Chattam avance sur son fil habituel, entre polar carré et bascule vers le surnaturel, sans jamais vous dire tout de suite de quel côté la balance va pencher. C'est là qu'il est fort. Vous croyez lire une enquête rationnelle sur un animal égaré, et puis un grimoire ésotérique traîne dans un coin, et le doute s'installe. On pense à True Detective pour cette ambiance de territoire isolé où le rationnel et la croyance se marchent dessus.

Alors oui, 496 pages, ça demande un peu d'engagement. Mais le rythme tient, les chapitres sont courts, et la Bretagne y gagne un rôle à part entière : le crachin, les rochers, les villages où tout le monde se connaît et se tait.

Pour qui ? Pour les lecteurs qui aiment avoir peur sans sombrer dans le glauque gratuit, et pour tous ceux qui gardent un faible pour l'été 1975 et cet aileron qui fend l'eau. À lire un soir de tempête, volets fermés, avec cette trouille délicieuse qui prouve que le truc marche encore. Et pour un roman d'octobre, c'est une jolie réussite : il vous donne envie de ne surtout pas aller vous baigner.

Crédit photo : Albin Michel