Werner Herzog traque des éléphants fantômes en Angola, et se demande s’il ne vaudrait pas mieux les laisser dans la légende
Il y a des cinéastes qui filment le réel. Et il y a Werner Herzog, qui filme ce qui se trouve juste derrière. À 83 ans, l’Allemand est reparti au bout du monde, cette fois dans les hautes terres d’Angola, pour Ghost Elephants, un documentaire sorti dans nos salles le 1er juillet et qui tient encore l’affiche dans quelques cinémas.
Le point de départ tient de la rumeur. Depuis des décennies, on raconte qu’un troupeau d’éléphants géants hanterait une région reculée que les habitants appellent la terre au bout du monde. Personne ne les a vraiment vus. Le biologiste Steve Boyes, explorateur pour National Geographic, y consacre pourtant dix ans de sa vie, accompagné de pisteurs namibiens qui lisent le sol comme d’autres lisent un journal. C’est cette obsession que Herzog vient filmer.
Et Herzog ne serait pas Herzog s’il se contentait de courir après une bête. La vraie question du film, celle qu’il pose de sa voix inimitable, c’est de savoir si ces éléphants ne seraient pas mieux préservés en restant un rêve. Découvrez-les, cartographiez-les, et vous les livrez aux braconniers. Laissez-les dans la légende, et ils survivent dans les récits, les transes, la mémoire des anciens. Un documentaire animalier qui doute de son propre but, il fallait oser.
Si sa voix vous embarque, ses mémoires prolongent le voyage :
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C’est là toute la beauté du bonhomme. Là où un reportage classique nous vendrait le frisson de la découverte, lui creuse le vertige de l’attente. Le paysage devient un personnage, la jungle une matière presque mentale. On pense forcément à ses vieux délires magnifiques, l’Amazonie de Fitzcarraldo, les glaces de Grizzly Man. Même souffle, même façon de regarder la nature comme une force qui se moque bien de nous.
Alors oui, il faut aimer le rythme. Ça prend son temps, ça digresse, ça philosophe pendant qu’on attend une silhouette dans la brume. Les critiques ont salué l’objet sans crier au chef-d’œuvre, et je comprends les deux camps. Mais en 1h39, on ressort avec cette drôle d’idée en tête, que certaines choses valent mieux d’être cherchées que trouvées.
Si vous aimez les documentaires qui posent plus de questions qu’ils n’en règlent, foncez pendant qu’il passe encore. Et si la voix de Herzog vous embarque, ses mémoires, aussi barrées que ses tournages, prolongent le voyage à merveille.
Crédit photo : National Geographic / Blue Note Films
