Ni vue, ni connue, la comédie où Isabelle Huppert joue une figurante que personne ne regarde jamais

Il fallait oser. Prendre l’une des plus grandes actrices françaises, celle qu’on reconnaît au premier plan fixe, et lui demander d’incarner exactement l’inverse : une figurante transparente, de celles qui traversent le fond du cadre sans qu’on les remarque. C’est le pari de Marc Fitoussi dans Ni vue, ni connue, sa nouvelle comédie en salles depuis le 7 octobre.

Isabelle Huppert y joue Corinne Maclou, une intermittente qui enchaîne les tournages depuis des années en espérant toujours la réplique, le petit rôle, le moment où un réalisateur la verra enfin. Le genre de personne qu’on croise sur un plateau et qu’on oublie aussitôt. Puis sa route croise celle de Sandrine Kiberlain, qui joue ici son propre rôle, et Corinne se prend à rêver que cette rencontre va tout changer.

C’est là que le film devient malin. Derrière la comédie de mœurs, Fitoussi filme surtout les coulisses du cinéma, cette petite hiérarchie invisible entre ceux qu’on maquille et qu’on chouchoute et ceux qui attendent des heures dans le froid pour trois secondes à l’écran. Il y a de la tendresse pour ces petites mains, et une vraie cruauté douce sur la manière dont le milieu fabrique ses stars et ignore les autres.

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Huppert, elle, s’amuse visiblement. On la sent heureuse de jouer la gêne, la maladresse, le sourire un peu trop appuyé de celle qui veut plaire. Kiberlain lui donne la réplique avec beaucoup de finesse, dans un jeu de miroir entre l’actrice adulée et celle qui voudrait l’être. Anne Marivin complète un casting qui ne force jamais le trait.

Le film n’a rien d’un gros blockbuster, et c’est tant mieux. Il a d’abord tourné en festivals, de Locarno à Toronto en passant par Angoulême, avant d’arriver dans les salles. On est sur une comédie à hauteur d’humaine, de celles qu’on va voir un soir de semaine sans trop savoir et dont on ressort avec le sourire et une petite pensée pour tous les anonymes des génériques de fin.

Si vous aimez les films qui parlent du cinéma sans se prendre au sérieux, et surtout si l’idée de voir Huppert jouer la femme invisible vous amuse autant que moi, foncez. C’est léger, c’est drôle, et derrière la blague il y a un vrai regard sur un métier qu’on connaît mal.

Crédit photo : Avenue B Productions / Memento Distribution