Géraldine Nakache lâche la comédie pour un premier drame sur l’emprise, et pour une fois elle ne joue pas dedans
On la connaissait pour Tout ce qui brille, pour cette énergie de bande, ces dialogues qui fusent et cette façon de filmer l’amitié comme personne. Géraldine Nakache change complètement de registre avec Si tu penses bien, en salles depuis le 16 septembre. Un drame. Son premier. Et, autre première, le premier film qu’elle réalise sans se donner un rôle devant la caméra.
L’histoire tient en peu de mots. Gil rencontre Jacques, l’amour est là, évident, du genre qu’on croit inébranlable. Sauf que l’intensité des débuts se transforme peu à peu en quelque chose de plus étouffant. Gil se sent enfermée, perd ses repères. Jacques la rassure toujours de la même façon : si elle pense bien, il ne lui arrivera que du bien. Le film suit cette relation sur six ans, et on voit le contrôle s’installer sans un cri, sans un coup.
C’est exactement le sujet que Nakache voulait attraper : ces violences conjugales qu’on ne voit pas, celles qui passent par les mots, la culpabilité, la peur de mal faire. Pas de bleus, pas de scène spectaculaire. Une emprise qui avance à bas bruit, et c’est bien ce qui la rend glaçante.
Le film montre une emprise qui avance à bas bruit ; pour en comprendre les mécanismes, ce petit livre de référence est un bon point de départ.
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Devant la caméra, Monia Chokri porte le rôle de Gil, et c’est un très beau choix. La comédienne et cinéaste québécoise a cette manière de rendre lisible ce qui se joue à l’intérieur, sans jamais surligner. Face à elle, Niels Schneider compose un Jacques d’abord charmant, puis inquiétant, avec Clémentine Célarié pour compléter le casting. Une heure trente-quatre, pas une minute de trop.
Le film a été présenté au dernier Festival de Cannes, hors compétition, dans la section Cannes Premières. Ça dit assez le sérieux avec lequel le projet a été reçu.
Ce qui frappe, c’est le courage du geste. Passer de la comédie chorale au huis clos psychologique, ce n’est pas un petit écart, et renoncer à jouer soi-même quand on est aussi comédienne, c’est se mettre au service de l’histoire plutôt que de son image. Pour moi c’est tout choisi : si vous aimez les films qui prennent le temps de montrer comment on se perd, celui-là mérite largement le déplacement. Prévoyez juste de ne pas être d’humeur légère en sortant de la salle.
Crédit photo : AlloCiné
