L’ennui, ce truc qu’on fuit à tout prix et qui pourrait bien vous rendre plus créatif
On a tous ce réflexe. Trois secondes d’attente dans une file, un trajet de métro un peu long, et hop, le téléphone sort de la poche. On remplit le moindre trou. Sauf que voilà, à force de boucher chaque instant creux, on se prive peut-être de quelque chose d’utile.
En 2014, deux chercheuses de l’université de Central Lancashire, Sandi Mann et Rebekah Cadman, ont voulu vérifier une intuition. Elles ont demandé à des volontaires de recopier des numéros dans un annuaire téléphonique pendant un quart d’heure. Difficile de faire plus assommant. Ensuite, tout le monde passait le même test : trouver un maximum d’usages différents pour un gobelet en plastique.
Résultat, le groupe qui s’était ennuyé sur l’annuaire a été nettement plus inventif que les autres. L’ennui, loin de ramollir le cerveau, lui avait donné de l’élan.
L’explication tient en un mot : la rêverie. Quand rien ne vient occuper votre attention, l’esprit part vagabonder, fait des associations bizarres, relie des idées qui n’avaient rien à faire ensemble. C’est exactement le terreau des bonnes trouvailles.
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Détail amusant, les deux chercheuses ont poussé l’expérience un cran plus loin. Un ennui passif, comme lire un texte barbant, stimule plus la créativité qu’un ennui actif où l’on doit écrire. Autrement dit, plus votre tâche laisse le champ libre à l’esprit, mieux c’est. Recopier occupe les mains, lire laisse la tête libre.
Ça remet quand même en cause pas mal de nos habitudes. On a fini par considérer l’ennui comme un défaut à corriger, un vide à combler d’urgence. Les enfants qui s’ennuient, on les colle devant un écran. Nous-mêmes, on scrolle dès que l’attente dépasse dix secondes.
Alors non, il ne s’agit pas de s’infliger des heures de vide pour le plaisir. Mais la prochaine fois que vous poireautez sans rien à faire, essayez de ne pas dégainer le portable. Regardez par la fenêtre, laissez filer vos pensées. C’est souvent là, à ne rien faire, que surgit l’idée qu’on cherchait depuis une semaine.
Sandi Mann le disait elle-même : on a toujours vu l’ennui au travail comme un truc à éliminer, alors qu’on ferait mieux de l’accueillir. Bref, le prochain moment de creux n’est pas une punition. C’est une invitation.
Crédit photo : Illustration générée par IA
