Le maté, cette boisson que les Argentins se passent de main en main et qui a colonisé nos vestiaires

Vous l’avez forcément croisée. Cette petite calebasse en bois, la paille en métal qui dépasse, le geste de la remplir d’eau chaude entre deux phrases. En Argentine, au Paraguay, en Uruguay et dans le sud du Brésil, le maté n’est pas une boisson qu’on commande au comptoir, c’est un rituel qu’on partage. Le mot vient d’ailleurs du quechua et désigne la gourde, pas le breuvage.

Dans le fond, il s’agit d’une infusion. On récolte les feuilles de la yerba mate, un arbre de la famille du houx (Ilex paraguariensis), on les fait sécher, on les broie, puis on verse dessus une eau chaude mais jamais bouillante. Le goût surprend au début. C’est amer, végétal, un peu fumé. On aspire le tout avec la bombilla, cette paille filtrante qui retient les feuilles au fond.

Ce qui explique le vrai succès, c’est ce qu’il y a dedans. De la caféine, forcément, mais aussi de la théobromine, la même molécule que dans le cacao. Résultat, un coup de fouet plus long et plus doux que le café, sans le pic nerveux qui vous fait grimper au plafond. Ajoutez des antioxydants, des vitamines B, un peu de vitamine C, et vous comprenez pourquoi on lui prête toutes les vertus de la terre. Attention quand même, on reste sur une boisson excitante, à doser, surtout le soir.

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Et puis il y a le côté social, qui est peut-être le plus beau. Là-bas, on prépare un seul maté et on le fait tourner. Chacun boit, rend la calebasse, on la remplit, on la tend au suivant. Partager son maté, c’est dire je t’aime bien, sois le bienvenu.

Ce truc a fini par débarquer chez nous par la petite porte des terrains de foot. Antoine Griezmann l’a découvert en Espagne, aux côtés de coéquipiers sud-américains, et ne lâche plus sa calebasse depuis l’Euro 2016. Petit-déjeuner à Clairefontaine, vestiaire avant les matchs, la gourde est toujours dans le sac. À Marseille, à Lens, les joueurs argentins entretiennent la tradition entre deux séances.

Alors si l’envie vous prend de tester, commencez doucement. Une bonne yerba, une calebasse, une bombilla, une eau à 75 degrés et un peu de patience le temps d’apprivoiser l’amertume. Le café a un sérieux concurrent, et celui-là vient avec un mode d’emploi qui donne envie de ralentir.

Crédit photo : Illustration générée par IA