Le french tacos n’a rien de mexicain, il est né dans la banlieue lyonnaise

Commençons par tuer le malentendu : le french tacos n’a jamais mis les pieds au Mexique. Le vrai taco, c’est une petite tortilla de maïs garnie, pliée en deux, mangée à la main. Le nôtre, c’est une galette de blé rectangulaire, bourrée de viande et de frites, noyée sous une sauce fromagère industrielle, repliée puis écrasée sur une machine à panini jusqu’à devenir croustillante dehors et dégoulinante dedans. Rien à voir. Le nom, c’est du marketing pur : on a collé « tacos » sur un objet qui tient plus du kebab croisé avec un wrap et un burrito.

L’histoire vraie se passe en Rhône-Alpes, autour de l’an 2000. Plusieurs quartiers de Lyon et sa banlieue se disputent la paternité, et c’est du sérieux. Un restaurateur de Vaulx-en-Velin, Salah Felfoul, jure avoir mis au point la fameuse sauce fromagère dès 1993. D’autres situent la naissance du sandwich complet vers 2004, toujours dans la banlieue lyonnaise, avant que Grenoble ne s’en empare et ne transforme l’essai. C’est là, d’ailleurs, qu’est née O’Tacos, la chaîne qui allait industrialiser le truc.

Et industrialiser est le mot. En mars 2025, O’Tacos alignait 401 restaurants franchisés, du jamais-vu pour un sandwich qui n’existait pas trente ans plus tôt. Les six plus grosses enseignes du secteur ont brassé environ 428 millions d’euros en 2023, soit plus d’un quart de croissance en un an. Un demi-milliard d’euros de galettes pliées, quand même.

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Ce qui frappe, c’est la vitesse. Aucune institution, aucun grand chef, aucune tradition régionale derrière : juste des snacks de quartier, un bon coup de sauce fondante et le bouche-à-oreille des cours de récré et des réseaux sociaux. Le french tacos, c’est probablement le premier plat français né et propagé par une génération entière plutôt que par un terroir.

Alors oui, sur le papier, c’est une bombe calorique qu’aucun nutritionniste ne vous recommandera. Mais c’est aussi, à sa façon, un pur produit culturel, aussi français que la baguette même s’il ne le crie pas sur les toits. La prochaine fois qu’on vous parle de cuisine mexicaine en brandissant un tacos gratiné taille XL, vous saurez quoi répondre : ce machin est né entre Lyon et Grenoble, pas de l’autre côté de l’Atlantique.

Crédit photo : Wikimedia Commons