Alabama Shakes revient après onze ans de silence avec un album né d’un concert de charité dans une microbrasserie
Onze ans. C’est le temps qu’il aura fallu attendre entre « Sound & Color » et ce « I Must Be Dreaming » qui sort ces jours-ci. Pour un groupe qui avait tout raflé au milieu des années 2010, deux Grammy et une place au sommet du rock à guitares, le silence commençait à ressembler à une séparation qui ne disait pas son nom.
Sauf que voilà, Alabama Shakes n’avait pas vraiment cassé. Brittany Howard était juste partie explorer autre chose, avec deux disques solo entre-temps, « Jaime » en 2019 puis « What Now » en 2024. Et c’est presque par accident que le trio s’est reformé. Un certain Bo Hicks, cofondateur d’une petite brasserie artisanale à Tuscaloosa, en Alabama, demande à Howard de venir jouer pour renflouer les caisses de son établissement et filer un coup de main à une banque alimentaire du coin. Elle rappelle Heath Fogg à la guitare et Zac Cockrell à la basse, histoire de répéter deux ou trois morceaux. Les répétitions se passent tellement bien qu’ils ne se sont plus arrêtés.
Le résultat, ce sont onze titres qui alternent chansons d’amour et regard sur le monde. Il y a « I Feel Hope Coming », un morceau plus politique qui lorgne franchement du côté de Curtis Mayfield. Il y a « Garden », une déclaration toute simple. Et il y a « Tea Time », le préféré de Howard, un slow burner porté par la basse de Cockrell, de ceux qui prennent leur temps pour vous cueillir.
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Ce qui frappe, c’est le ton. Le groupe le dit lui-même, ses membres sont devenus des gens plus doux, plus sensibles qu’à l’époque où ils enchaînaient les festivals. On sent moins la fureur soul rock de « Hold On », davantage une chaleur qui infuse. Certains y verront un manque de nerf. Moi j’y entends surtout des musiciens qui n’ont plus rien à prouver et qui se font enfin plaisir.
Pour qui ce disque ? Pour celles et ceux qui ont usé les deux premiers albums, évidemment, mais aussi pour quiconque cherche du rock organique chanté par l’une des plus belles voix de sa génération. Ne vous attendez pas à un remake de 2015. Attendez-vous plutôt à retrouver de vieux amis qui ont mûri. Et honnêtement, réentendre Brittany Howard sur un album des Shakes, rien que pour ça, ça valait le coup de patienter.
Crédit photo : Island Records
