Yannick Haenel envoie un prof stagiaire dormir dans un club de tennis, et il en tire le roman le plus juste de la rentrée sur le métier

Il y a des sujets que la fiction française n’ose jamais vraiment attraper. L’enseignement en fait partie. Yannick Haenel s’y colle avec La solitude des professeurs est infinie, paru le 20 août chez Gallimard, et il le fait sans pathos ni grand discours.

Le héros s’appelle Jean Deichel. Les lecteurs de Haenel le connaissent déjà, c’est son double romanesque, celui qui traînait dans Cercle. Cette fois il est jeune, tout juste sorti de la fac, et il décroche un poste de stagiaire dans un collège de la banlieue nord. Le jour, il essaie de faire cours. La nuit, faute d’argent, il dort dans un club de tennis à Deuil-la-Barre. Le décor est posé, et il dit déjà tout.

Ce qui frappe, c’est que Haenel n’en fait pas un réquisitoire. On sent la fatigue des trois heures de transports quotidiens entre deux banlieues, la paie qui ne suit pas, le silence des institutions quand un jeune prof appelle à l’aide. Sauf que Jean, lui, cherche autre chose. C’est un poète un peu ivre, qui guette la beauté là où personne ne la voit, dans une salle grise, au bord d’un lac, ou dans une rêverie sur Pompéi.

Le roman raconte cette bascule. Au départ il y a les joies profondes du métier, ces instants où une classe accroche, où un élève s’allume. Et puis, doucement, les espoirs s’effritent. Jean se replie, fuit le réel, s’enferme. Le titre n’est pas une formule, c’est ce que le livre vous fait éprouver page après page.

La solitude des professeurs est infinie

Le roman de Haenel, a glisser dans le sac avant la rentree :

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On tient là un roman d’apprentissage, mais à l’envers. D’habitude le héros grandit et s’ouvre au monde. Ici il se referme. Haenel connaît le terrain, il a enseigné avant d’écrire, et ça se sent dans chaque détail juste, jamais surligné.

Pour qui c’est. Pour tous ceux qui ont un jour posé un pied devant une classe, évidemment. Mais aussi pour les autres, ceux qui croient que ce métier se résume à des vacances et des heures creuses. Vous ne regarderez plus un prof de collège de la même façon.

C’est tendu, ça ne cherche pas à consoler. Haenel signe l’un des rendez-vous les plus tenus de cette rentrée, et sans doute le plus utile. 21,50 euros, et deux ou trois soirées d’été qui ne ressembleront à aucune autre.

Crédit photo : Gallimard