Jaenada rouvre un meurtre de 1949 et relit les 75 Maigret pour retrouver l’assassin d’un modèle de Montparnasse

Le 6 septembre 1949, on retrouve une jeune femme morte sur le quai de Javel, à Paris. Pas de sac, pas de chaussures, rhabillée à la va-vite et abandonnée là par celui qui l’a tuée. Le lendemain, on l’identifie. C’est Louise Cansot, l’un des modèles les plus courus des peintres de Montparnasse. Voilà le point de départ de « L’inconnue du quai de Javel », le nouveau Philippe Jaenada, qui débarque chez Flammarion pour la rentrée littéraire, 528 pages, 23 euros.

L’affaire avait pourtant tout d’un roman policier déjà ficelé. Quatre suspects sortent vite du décor, presque trop parfaits, chacun avec son petit mobile bien à lui. Ça sentait le début d’un Simenon. Sauf que voilà, le commissaire Ferrière n’était pas Maigret, et après six mois de piétinement il a fini par classer le dossier sans jamais arrêter personne. Fin de l’histoire. Enfin, pendant soixante-quinze ans.

Parce que Jaenada, lui, ne lâche jamais ce genre de dossier. Vous le connaissez peut-être pour « La Serpe », couronné par le Femina en 2017, ou pour « Au printemps des monstres ». C’est toujours le même geste. Il récupère le dossier d’instruction, il harcèle ses contacts aux archives, il déterre chaque papier, il va marcher sur les lieux, il relit tout dix fois. Et il écrit ça avec ses parenthèses interminables, son humour un peu triste et une empathie rare pour les gens qu’on a oubliés.

L'inconnue du quai de Javel — Philippe Jaenada

Le roman paraît le 19 août chez Flammarion, 528 pages pour se plonger dans l’enquête :

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Le plus amusant, cette fois, c’est la méthode. Pour se mettre dans le bain, Jaenada a lu les soixante-quinze enquêtes de Maigret. Toutes. Il s’inspire du commissaire de Simenon pour mener la sienne, comme s’il empruntait ses lunettes à un vieux maître. On tient donc une double lecture. L’enquête vraie sur une morte de 1949, et un dialogue permanent avec le polar de fiction qui aurait dû la sauver.

Pour qui c’est ? Pour ceux qui aiment quand le fait divers devient une vraie plongée sociale, quand un nom effacé redevient une personne. Ne cherchez pas le suspense hollywoodien à coups de rebondissements toutes les dix pages. Le plaisir est ailleurs, dans la voix, dans la patience, dans cette façon de rendre justice à une inconnue. Ça se lit long, c’est dense, et c’est exactement pour ça qu’on y va.

À paraître le 19 août. Prévoyez un peu de place sur la table de chevet.

Crédit photo : Flammarion