Elizabeth Strout ramène Lucy Barton dans le Maine, cette fois pour un procès de meurtre et une histoire d’amour qui n’ose pas dire son nom

Elizabeth Strout, vous la connaissez peut-être sans le savoir. C’est elle, Olive Kitteridge, ce personnage de vieille prof revêche qui lui a valu le Pulitzer en 2009. Depuis, elle tisse patiemment une toile de romans qui se répondent, tous ancrés à Crosby, petite ville côtière du Maine où tout le monde finit par se croiser au moins une fois. Le 26 août, Flammarion publie le dernier fil de cette toile, « Racontez-moi tout », traduit par Pierre Brévignon. Cinquième volet de la série Lucy Barton, et pas le plus anodin.

Le point de départ tient du polar, sauf que Strout se moque bien du polar. Bob Burgess, avocat à la retraite, accepte de défendre un homme du coin accusé d’avoir tué sa propre mère. L’affaire fait jaser dans une bourgade où tout se sait avant midi. Mais le vrai sujet n’est pas là. Le vrai sujet, ce sont les longues marches que Bob s’est mises à faire avec Lucy Barton, l’écrivaine installée en ville depuis quelques années. Deux personnes mariées, chacune de son côté, qui parlent, qui marchent, et qui laissent flotter entre elles quelque chose qu’aucune des deux ne nommera jamais.

C’est ça, la manière Strout. Elle prend des gens ordinaires, un peu cabossés, souvent malheureux, et elle les regarde vivre sans jamais forcer le trait. Rien d’explosif, aucun coup de théâtre tapageur. Juste des conversations, des silences, des blessures anciennes qui remontent le temps d’une promenade. Olive Kitteridge repasse d’ailleurs par là, plus âgée, toujours aussi peu commode. Pour qui a lu les livres précédents, ces retrouvailles ont un goût très particulier.

Olive Kitteridge

Envie de decouvrir Strout avant la rentree ? Commencez par le roman qui a tout lance, couronne par le Pulitzer.

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Faut-il avoir tout lu pour s’y retrouver ? Non, vraiment pas. On peut ouvrir celui-ci en premier et se laisser porter, même si les habitués auront le petit supplément d’émotion des vraies retrouvailles. En 368 pages, Strout signe un roman lent, doux-amer, qui parle d’une Amérique fatiguée, de solitude et de cette tendresse tardive qu’on n’attendait plus.

Si vous cherchez de l’action, passez votre chemin. Mais si vous aimez les livres qui prennent le temps, ceux qu’on referme un peu ému sans trop savoir pourquoi, celui-là est fait pour vos soirées de fin d’été. Moi, je le glisse déjà dans la pile de la rentrée.

Crédit photo : Flammarion