Le Passage sort ce 8 juillet, et Omar Sy y devient le passeur que personne n’a envie d’excuser
Omar Sy en passeur. L’idée seule suffit à faire lever un sourcil, et c’est pourtant celle que Brandt Andersen tient de bout en bout dans Le Passage, en salles depuis ce mercredi 8 juillet. Son personnage s’appelle Marwan, il monnaye des traversées vers la Grèce, il est dur avec des familles qui n’ont plus rien, et le film ne cherche jamais à vous le rendre sympathique.
Le titre original dit assez bien le projet : I Was a Stranger.
Andersen, dont c’est le tout premier long métrage, raconte la guerre syrienne et la route vers l’Europe par cinq trajectoires qui finissent par se percuter. Une chirurgienne, Amira, jouée par Yasmine Al Massri. Un soldat qui déserte, Mustafa. Un poète, Fathi. Un capitaine de garde-côtes grec. Et donc le passeur.
Tout commence à Chicago, dans un hôpital, un jour d’anniversaire. Un message arrive sur le téléphone d’Amira et rouvre la nuit où une bombe a soufflé son appartement d’Alep, le soir de ses quarante ans, quand la seule chose qui comptait était d’attraper sa fille et de partir.
Si le film vous donne envie de creuser la route qu’il raconte, ce récit d’un Syrien parti d’Alep jusqu’aux côtes bretonnes en dit long, en beaucoup moins de temps.
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Une heure quarante-trois, une coproduction entre la Jordanie et les États-Unis, tournée en arabe, en anglais et en grec. Le film était passé par la compétition de Deauville en 2024, d’où il est reparti avec le prix du public, avant de trouver une date française.
L’accueil, lui, est franchement partagé. La presse reste tiède, autour de 2,9 sur 5 pour dix-huit critiques recensées, quand les spectateurs le placent nettement plus haut, à 3,8. Cet écart-là raconte souvent la même chose : un film qui refuse le confort narratif, que les critiques trouvent appliqué et démonstratif, et que le public reçoit d’abord en plein ventre.
Ce qui tient debout, du coup, c’est la façon dont Andersen refuse de trancher. Marwan pourrait n’être qu’une brute qui vend des places sur un canot pourri. Sauf que voilà, on le voit avec son fils, on comprend ce qu’il tient à flot, et l’affaire devient beaucoup moins simple. Le film s’intéresse aux victimes, aux bourreaux et surtout aux gens coincés entre les deux, ceux dont l’humanité se négocie chaque matin.
À ne pas confondre avec une séance de plage, donc. C’est un récit choral, exigeant, parfois écrasant, qui vous laisse silencieux sur le trottoir. Si vous n’avez vu Omar Sy que dans le registre solaire qu’on lui colle depuis quinze ans, le contre-emploi vaut à lui seul le déplacement.
Crédit photo : Nour Films / Angel Studios
