Le Festival de Cannes, né dans le chaos d’avant-guerre

Aujourd’hui, Cannes c’est la montée des marches, les robes de créateurs et la Palme d’or sous les flashs. Mais l’histoire du festival commence dans un tout autre climat, celui de l’Europe des années 1930, sous l’ombre du fascisme. Petit voyage dans le temps.

L’idée naît en réaction à la Mostra de Venise, alors sous influence des régimes de Mussolini et Hitler. La France veut un festival où le cinéma serait célébré librement, loin des pressions politiques. Le projet est lancé en 1939 par Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-arts du Front populaire. La première édition, baptisée Festival international du film, doit se tenir en septembre 1939, avec une sélection prometteuse où figurent Le Magicien d’Oz et Quasimodo.

Sauf que l’Histoire en décide autrement. La Seconde Guerre mondiale éclate le même mois, et l’événement est annulé après la projection d’un seul film, La Grande Illusion de Jean Renoir. Il faudra attendre 1946 pour que le festival voie vraiment le jour. Du 20 septembre au 5 octobre, Cannes, choisie pour son climat et son glamour, accueille enfin sa première vraie édition. Succès immédiat, avec une couverture médiatique internationale et la présence de nombreux pays.

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À partir de là, le festival ne cesse de se transformer. En 1951, il déménage au printemps, période qu’il n’a plus quittée depuis. En 1955 apparaît la Palme d’or, qui remplace le Grand Prix du festival : la toute première récompense ce genre revient à Marty, de Delbert Mann. En 1968, l’édition est interrompue en mai, par solidarité avec les étudiants et les grévistes qui paralysent la France. Puis en 1972, le festival devient une institution indépendante, gérée par une fondation, ce qui lui donne une vraie autonomie vis-à-vis de l’État.

Étape décisive en 1983 avec la création du Marché du film, devenu l’un des plus gros lieux d’échanges du cinéma mondial. C’est souvent oublié du grand public, mais c’est là que se vendent et s’achètent les films, à l’abri des projecteurs. Autour de la compétition officielle gravitent aussi des sections parallèles devenues prestigieuses, comme la Quinzaine des réalisateurs et la Semaine de la critique.

Quatre-vingts ans après ses débuts contrariés, Cannes reste la grand-messe du septième art, le rendez-vous où se croisent stars, cinéastes et producteurs venus tenter leur chance. De son annulation de 1939 à son statut actuel, le festival raconte à sa manière toute l’histoire du cinéma, ses combats et ses éblouissements. Une belle revanche pour un événement né contre la barbarie.

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