Le Fantôme de l’Opéra renaît à Garnier avec Deva Cassel, et le blockbuster français ose enfin jouer avec ses fantômes
Il y a des mythes qu’on croyait usés jusqu’à la corde. Le Fantôme de l’Opéra en fait partie. Gaston Leroux l’a posé sur le papier en 1910, Hollywood l’a filmé des dizaines de fois, Andrew Lloyd Webber en a tiré une comédie musicale qui tourne encore à Londres. Et pourtant, Alexandre Castagnetti remet le masque, en salles depuis le 28 octobre.
Le pari est gonflé. Deux heures quatorze, tournées en grande partie dans le vrai Palais Garnier, avec Deva Cassel dans le rôle d’Anastasia, une jeune danseuse qui intègre le ballet de l’Opéra de Paris. Autour d’elle, Romain Duris, Julien de Saint-Jean et Guillaume Diop, danseur étoile maison, qui apporte une crédibilité que le cinéma invente rarement.
L’histoire ne recopie pas bêtement Leroux. Castagnetti la transpose à notre époque. Anastasia répète Orphée, un opéra réputé maudit, soi-disant composé par le Fantôme lui-même. Elle tombe amoureuse d’un pianiste énigmatique, les accidents s’enchaînent, et la frontière entre le réel et le fantasme se brouille doucement. On navigue entre le thriller gothique et la romance contrariée, et le film assume ce grand romanesque sans la moindre ironie. C’est suffisamment rare pour être signalé.
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Ce qui frappe, c’est le choix de Deva Cassel. Fille de Monica Bellucci et Vincent Cassel, repérée dans Le Bel Été, elle porte le film sur ses épaules à vingt ans à peine. Le pari est risqué. Mais caler le tournage dans les coulisses réelles de Garnier, ses dorures, ses escaliers interminables, sa machinerie d’un autre siècle, offre un écrin que les meilleurs décors numériques peinent à imiter.
On peut quand même lever un sourcil devant l’idée d’un énième Fantôme. Le risque du pastiche existe, et la bande-annonce joue à fond la carte du grand spectacle à la française, celui qui rêve de rivaliser avec les productions anglo-saxonnes. L’inconnue, c’est l’émotion, qui devra se hisser à la hauteur du décorum.
Pour qui c’est ? Pour les amateurs de romanesque assumé, pour ceux que la magie d’une salle de spectacle fait encore vibrer, pour les curieux de voir Garnier filmé comme un personnage à part entière. Les allergiques au mélo passeront leur chemin. Les autres tiennent là un film qui préfère le vertige à la sobriété, et ça se fait plutôt rare par les temps qui courent.
Crédit photo : SND Films
