L’effet Dunning-Kruger, ce truc qui explique pourquoi les plus nuls se croient souvent les meilleurs

Vous connaissez forcément quelqu’un comme ça. Le collègue qui n’y connaît rien et qui parle le plus fort en réunion. Le beau-frère qui a regardé deux vidéos sur YouTube et vous explique la mécanique quantique au repas de famille. Eh bien il porte un nom, ce phénomène, et c’est l’effet Dunning-Kruger.

L’histoire est assez savoureuse. En 1999, deux psychologues de l’université Cornell, David Dunning et Justin Kruger, publient une étude au titre imparable, « Unskilled and Unaware of It », en gros « nul et pas au courant ». Ils font passer à des étudiants des tests de logique, de grammaire et même d’humour, puis leur demandent d’estimer leur propre niveau. Et là, surprise.

Les plus mauvais, ceux du dernier quart, étaient persuadés d’avoir fait mieux que 62 % des autres. En vrai, ils battaient à peine un quart du groupe. Le décalage est énorme. Plus vous êtes incompétent sur un sujet, moins vous avez les outils pour vous en rendre compte. C’est un peu vicieux comme mécanique, puisque la même ignorance qui vous fait rater vous empêche aussi de voir que vous avez raté.

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Le plus beau, c’est l’autre bout de la courbe. Les meilleurs, eux, se sous-estimaient. Ceux du haut du panier pensaient avoir dépassé 74 % des autres alors qu’ils écrasaient presque tout le monde. Quand on maîtrise vraiment un truc, on voit surtout l’immensité de ce qu’on ignore encore. D’où ce fameux doute qui habite souvent les gens compétents, et cette assurance tranquille qui habite les autres.

Attention quand même, l’effet a été pas mal discuté depuis. Certains chercheurs estiment qu’une partie du résultat tient à de simples artefacts statistiques, et que la courbe de la « montagne de la stupidité » qui circule partout sur internet est une invention tardive, jamais dessinée par les deux auteurs. Donc on évite d’en faire une loi scientifique absolue.

Mais le fond reste solide, et surtout terriblement utile au quotidien. La prochaine fois que vous vous sentez ultra-confiant sur un sujet que vous venez de découvrir, posez-vous la question. Et la prochaine fois que le doute vous ronge sur un domaine que vous bossez depuis des années, dites-vous que c’est peut-être bon signe. Le vrai expert, souvent, c’est celui qui hésite.

Crédit photo : Illustration générée par IA