Jaenada rouvre une affaire de 1949 et transforme une morte sans nom en grand favori du Goncourt

Le 6 septembre 1949, on repêche le corps d’une jeune femme sur le quai de Javel, à Paris. Pas de sac, pas de chaussures, pas de nom. Elle finira par en récupérer un, Louise Cansot, 29 ans, puis plus rien du tout pendant soixante-dix ans. C’est exactement le genre de dossier jauni dont Philippe Jaenada raffole.

Son nouveau livre, « L’inconnue du quai de Javel » (Flammarion, 528 pages, 23 euros), est sorti le 12 août et il traîne depuis dans toutes les listes de favoris du prix Goncourt. Rien d’étonnant. Après Pauline Dubuisson, après l’affaire Girard racontée dans « La Serpe » (Femina 2017), Jaenada remet le couvert avec sa marotte habituelle: attraper un fait divers que l’Histoire a classé sans suite et passer des mois à le retourner dans tous les sens, jusqu’à rendre une existence entière à quelqu’un qu’on avait réduit à une ligne de procès-verbal.

Ce qui change, cette fois, c’est la méthode. Pour écrire ce bouquin, il a lu les soixante-quinze enquêtes de Maigret, et il s’est glissé dans les pas du commissaire de Simenon. Patiemment, sans esbroufe, à refaire les trajets, à éplucher les archives, à traquer le moindre détail que les flics de l’époque avaient zappé.

L'inconnue du quai de Javel

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Et puis il y a le ton, qui fait tout chez lui. Jaenada enquête pour de vrai, avec le sérieux d’un historien, mais il raconte comme s’il vous parlait au comptoir, avec des parenthèses qui partent en vrille et un humour qui désamorce le sordide au moment où ça devient insupportable. On rit beaucoup dans un livre qui parle quand même d’une femme morte. C’est son grand tour de force, et il ne s’use pas.

Alors oui, 528 pages, ça peut faire peur si vous n’avez jamais mis le nez dans un Jaenada. Sauf que voilà, c’est précisément le genre d’écrivain qui vous embarque au bout de dix lignes et ne vous lâche plus. Si vous aimez le vrai polar, les affaires non élucidées et les livres qui redonnent leur dignité aux oubliés, foncez.

Pour le reste, suspense maintenu. Le Goncourt a réduit sa sélection à huit romans le 6 octobre, il n’en gardera que quatre le 27, avant de couronner son lauréat le 3 novembre. Louise Cansot, elle, a déjà gagné son pari: on connaît enfin son nom.

Crédit photo : Flammarion