Tenzing raconte enfin l’Everest depuis le bon côté de la cordée, celui du Sherpa qu’on a laissé dans l’ombre pendant soixante-dix ans
Vous connaissez tous la photo. 29 mai 1953, un homme debout au sommet de l’Everest, piolet levé, les drapeaux claquant dans le vent. Ce qu’on sait moins, c’est que l’homme sur le cliché n’est pas Edmund Hillary. C’est Tenzing Norgay, le Sherpa qui grimpait avec lui. Hillary, lui, tenait l’appareil. Et pendant des décennies, c’est pourtant surtout le nom du Néo-Zélandais qu’on a retenu dans les livres d’histoire.
Tenzing, le film de Jennifer Peedom sorti le 16 octobre, remet les choses à l’endroit. Pour une fois, on raconte la première ascension de l’Everest du point de vue de celui qui portait les charges, ouvrait la trace et risquait sa peau sans jamais figurer en haut de l’affiche.
Peedom sait de quoi elle parle. Elle vient du documentaire de montagne, elle a signé Sherpa et Mountain, et c’est son premier vrai long-métrage de fiction. Autant dire que les images d’altitude ne sont pas du carton-pâte. Côté casting, c’est l’acteur sherpa Genden Phuntsok qui incarne Tenzing, avec Tom Hiddleston en Edmund Hillary et Willem Dafoe dans le rôle de John Hunt, le chef de l’expédition britannique. Le scénario est de Luke Davies, et le fils de Tenzing, Tenzing Norbu, a veillé au grain sur le tournage.
Pour prolonger le film et découvrir les coulisses de cette ascension historique :
Everest 1953 : la véritable épopée de la première ascension → voir sur Amazon
Lien affilié Amazon. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.
Ce qui rend le projet touchant, c’est justement ce renversement de regard. Les Sherpas ont longtemps été réduits à des porteurs anonymes, des notes de bas de page dans les récits d’alpinisme écrits par des Occidentaux. Peedom le sait d’autant mieux qu’en 2014, son documentaire suivait la saison tragique où une avalanche a tué seize Sherpas d’un coup.
La presse qui a vu le film à Telluride et Toronto est plutôt enthousiaste. On parle d’images vertigineuses et d’un portrait humain, pas d’un film d’action à grand spectacle. Le film a d’ailleurs ouvert le festival de Zurich avant d’arriver chez nous, et il est disponible sur Apple TV. Si vous cherchez des cascades et des effets spéciaux, passez votre chemin. Si vous aimez les grands espaces, les vraies histoires et les visages qu’on a mis bien trop longtemps à regarder, là par contre vous allez être servis.
C’est le genre de film qui donne envie de lever le nez de son écran et de respirer un grand coup. Et accessoirement, de ne plus jamais raconter l’Everest sans citer le bon nom.
Crédit photo : Apple Original Films
