Éric Barbier sort Alban Ivanov de la comédie et l’envoie crever de peur dans les tranchées de 14
Depuis ce mercredi 23 septembre, Justin le Juste est à l’affiche, et c’est le genre de film qu’on n’attendait pas forcément d’Alban Ivanov. Le comédien qu’on connaît surtout pour ses vannes et ses rôles rigolos joue ici Justin, un paysan miséreux de 1915 qu’on arrache à ses champs pour l’envoyer se battre. Contre qui ? Un ennemi qu’il n’a jamais vu. Au nom de quoi ? Une loi qu’il ne comprend pas. Voilà tout le film, et voilà surtout toute l’absurdité de la Grande Guerre ramassée dans un bonhomme qui ne rêve que de rentrer chez lui pour s’occuper de ses bêtes.
Éric Barbier, à qui l’on doit La Promesse de l’aube, adapte un roman un peu oublié de Jean Pompougnac paru en 1967 chez la Table ronde. L’idée n’est pas de refaire un film de tranchées de plus, avec la boue, les obus et les gueules cassées, même si tout ça est bien là. C’est plutôt une fable. Justin croise Basile, un tirailleur sénégalais joué par Birane Ba, et cette rencontre va tout changer dans sa façon de voir cette guerre qui n’est pas la sienne. Deux hommes que rien ne rapproche, à part le fait d’avoir été jetés dans le même trou, et qui finissent par se révolter ensemble contre un commandement absurde. Alexandra Lamy complète le casting.
Pour prolonger côté roman, difficile de faire l’impasse sur ce classique de la Grande Guerre vu d’en bas.
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Le contre-emploi, c’est souvent casse-gueule. Un acteur comique qu’on bascule dans le drame, ça peut vite tourner au numéro de celui qui veut prouver qu’il sait pleurer. Ici, ça passe. La presse reste tiède, avec une note autour de 3,1 sur 5, alors que le public accroche nettement plus fort, à 4,2. L’écart en dit long. Les critiques trouvent sans doute la fable un peu appuyée, les spectateurs, eux, se laissent embarquer par le personnage.
Comptez 1h50, un film franco-belge distribué par SND. Ce n’est pas 1917 et sa prouesse technique, ni la noirceur d’Un long dimanche de fiançailles. C’est un objet plus modeste, plus humain, qui mise tout sur le regard candide d’un type ordinaire face à une machine qui le broie. Et puis voir Ivanov quitter sa zone de confort, rien que pour ça, ça vaut le coup d’œil. Si vous aimez les films de guerre qui parlent surtout des hommes plutôt que des batailles, celui-là a de vrais arguments.
Crédit photo : SND
