Trois adieux, le film où Alba Rohrwacher se fait quitter avant de découvrir qu’il lui reste peu de temps

Il y a des films qu’on aborde à reculons parce qu’on devine le programme. Une femme, une rupture, une maladie, les mouchoirs. Trois adieux, en salles depuis le 2 septembre, coche toutes les cases sur le papier, et pourtant Isabel Coixet arrive à en faire tout autre chose qu’un mélo qui vous prend en otage.

L’histoire tient en peu de mots. Marta, prof de sport dans un lycée romain, se fait larguer par Antonio, un chef cuisinier dont la carrière décolle. Elle encaisse mal. Déni, colère, le manuel habituel du chagrin. Sauf qu’au milieu de ce naufrage sentimental, son corps lui envoie un signal qu’elle prend d’abord pour une conséquence du chagrin. Elle n’a plus faim. Et derrière la perte d’appétit, il y a un diagnostic autrement plus lourd.

C’est là que le film bifurque. Au lieu de basculer dans le pathos, Marta se met à vouloir. Vouloir vivre, désirer, se sentir libre pendant qu’il en est encore temps. La maladie, au lieu de l’éteindre, la débarrasse de la peur. Coixet filme ça avec une délicatesse qui évite soigneusement les grosses ficelles, portraits en finesse, Rome en toile de fond, une lumière qui n’appuie jamais.

Alba Rohrwacher porte le film sur ses épaules et elle est bouleversante sans jamais forcer. À ses côtés, Elio Germano en ex qui refait sa vie, et Galatea Bellugi dans l’entourage. La durée reste raisonnable, un peu plus de deux heures, ce qui laisse le temps aux personnages d’exister sans qu’on regarde sa montre.

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Ce qui donne au projet son épaisseur, c’est sa source. Le film adapte le dernier roman de Michela Murgia, écrivaine italienne morte d’un cancer en 2023, à 51 ans. Difficile de ne pas y voir un dialogue entre l’autrice et son propre destin, et cette conscience-là traverse chaque scène sans que le film ait besoin de la souligner. On sent que quelqu’un qui savait a écrit ces mots.

Alors oui, c’est un film sur la fin. Mais c’est surtout un film sur l’envie, sur ce qu’on décide de faire du temps quand on apprend soudain qu’il est compté. Pas de leçon, pas de morale plaquée, juste une femme qui choisit de mordre dedans.

Si vous cherchez un truc léger pour la soirée, passez votre chemin. Si vous acceptez de vous laisser cueillir, c’est une des plus belles choses de cette rentrée.

Crédit photo : Nour Films