Le musée Picasso réunit une centaine de toiles d’Henry Taylor, ce peintre américain qui plante ses personnages droit dans vos yeux

Il y a des peintres qu’on regarde, et d’autres qui vous regardent. Henry Taylor est clairement du second genre, et le musée Picasso lui offre jusqu’au 6 septembre sa première grande rétrospective en France.

Une centaine d’œuvres, réparties sur deux étages et treize salles. Des toiles immenses, des sculptures, des objets peints, des installations un peu bancales et pleines de vie. Le titre de l’expo donne le ton : « Where thoughts provoke », là où les pensées surgissent.

Taylor est né en 1958 en Californie. Avant de vivre de sa peinture, il a passé des années comme infirmier dans un hôpital psychiatrique, à écouter des gens que personne n’écoutait. Ça se sent dans chaque portrait. Il peint des visages d’une autre Amérique, celle des trottoirs, des salles d’attente, des proches, des inconnus croisés dans la rue. Des Noirs américains, souvent, saisis avec une tendresse qui ne tombe jamais dans la mièvrerie.

Ce qui frappe d’abord, c’est la vitesse. Taylor peint vite, à grands gestes, sans rien lisser. Les fonds sont parfois à peine posés, une jambe déborde du cadre, une main reste esquissée. Et pourtant les regards, eux, sont d’une précision folle. On a l’impression que les modèles vont vous adresser la parole.

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Le musée Picasso ne fait pas ça au hasard. Depuis quelques années, il invite de grands artistes américains à dialoguer avec Picasso : Faith Ringgold en 2023, Jackson Pollock en 2024, Philip Guston en 2025. Taylor prolonge cette série, et le rapprochement tient la route. Même liberté avec la déformation, même façon de tordre un corps pour dire une émotion plutôt qu’une anatomie.

Faut-il connaître l’art contemporain pour y aller ? Pas du tout. C’est même une expo idéale si vous n’y mettez jamais les pieds. Rien d’abscons, rien de bavard, juste des gens peints par quelqu’un qui les aime.

Un conseil quand même : ne traînez pas. L’accrochage ferme le 6 septembre, et l’hôtel Salé, avec ses beaux volumes du Marais, se remplit vite le week-end. Un jour de semaine en fin d’après-midi, vous aurez les salles presque pour vous.

Pour moi, c’est une des plus belles choses à voir à Paris cet été. Et une des rares expos dont on ressort avec l’envie de téléphoner à quelqu’un qu’on aime.

Crédit photo : Musee national Picasso-Paris