Colum McCann embarque un écrivain irlandais sur un navire câblier, là où passe presque tout notre internet
On connaît surtout Colum McCann pour Et que le vaste monde poursuive sa course folle, ce roman new-yorkais qui lui a valu le National Book Award en 2009. L’Irlandais installé à New York revient le 20 août chez Belfond avec Ce qui nous frôle sous la surface, traduit par Clément Baude. Trois cent vingt pages, et un point de départ qu’on n’attendait pas vraiment d’un grand nom de la littérature: les câbles internet posés au fond des océans.
Le héros s’appelle Anthony Fennell. Écrivain irlandais lui aussi, en panne sèche, il accepte un reportage sur un sujet a priori très technique. Quand un de ces câbles se rompt quelque part sous l’Atlantique, il faut bien aller le réparer. Fennell embarque donc sur un navire câblier au large de l’Afrique de l’Ouest, avec un équipage taiseux et un chef d’expédition qui l’intrigue. Voilà pour la mécanique.
Sauf que McCann ne fait jamais de la plomberie sous-marine son vrai sujet. Ces fils invisibles qui charrient la quasi-totalité de nos échanges (vos mails, vos appels, cette page que vous lisez) deviennent chez lui une image de tout ce qui nous relie et de tout ce qui casse. La solitude des hommes du bateau, le besoin de se rattacher à quelqu’un, le colonialisme qui n’a jamais vraiment quitté ces côtes, le climat en toile de fond. Le titre original, Twist, disait déjà cette torsion.
Le roman de Colum McCann, à paraître le 20 août :
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C’est un roman court et tendu, plus resserré que ses grandes fresques précédentes. Ceux qui avaient été retournés par Apeirogon, son livre sur Israël et la Palestine, y reconnaîtront la même méthode: partir d’un fait brut et documenté pour aller creuser l’intime. Et ici la documentation tient debout, puisque près de 99% du trafic internet mondial passe réellement par ces câbles, sans que personne n’y pense jamais avant la panne. Le roman tombe d’ailleurs à un moment où ces lignes sous-marines font l’actualité géopolitique, entre ruptures suspectes et surveillance accrue.
À lire si vous aimez les romans qui prennent un objet du quotidien et le retournent jusqu’à ce qu’il finisse par vous parler de vous. Un peu moins si vous cherchez du grand spectacle. McCann avance en sourdine, par petites vagues. Mais bon, c’est justement là qu’il est le meilleur, dans ce qui affleure sans jamais tout dire.
Crédit photo : Belfond
