Depuis mercredi 4 novembre, il y a dans les salles un film qui ne ressemble à presque rien de ce qu'on nous sert d'habitude sur les animaux. Louve, une vie dans les Alpes suit une meute des Hautes-Alpes, et surtout une jeune louve arrivée dans une vallée préservée du massif des Écrins. Pas de voix off qui dramatise tout, pas de musique qui vous prend par la main pour vous dire quand avoir peur. Juste une bête, un territoire, et le temps qui passe.

Ce temps, justement, c'est le vrai sujet. Corentin Esmieu a passé des années à observer et filmer cette louve, et le projet dans son ensemble représente une quinzaine d'années de travail. Ça se sent à l'écran. On n'arrache pas des images pareilles en deux saisons avec un drone et de la chance. Il faut connaître les passages, les habitudes, apprendre à se faire oublier. Le résultat tient en 1h10, ce qui est court, et c'est tant mieux, parce que le film ne tire jamais sur la corde.

Baptiste Deturche et Corentin Esmieu signent la réalisation à deux, avec une voix posée par Françoise Cadol et une musique originale de Maxime Daviron. Le film sort en partenariat avec l'ASPAS, une association de protection des animaux sauvages, et ça n'est pas un détail. On devine une intention derrière la caméra : montrer le loup pour ce qu'il est, un animal qui vit sa vie, plutôt que le fantasme qu'on projette dessus depuis des siècles.

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Le loup, par chez nous, c'est rarement un sujet tiède. Il déchaîne les éleveurs, les écolos, les élus, tout le monde a un avis tranché. Le mérite du film, c'est de ne pas trancher à votre place. Il vous pose devant l'animal et vous laisse regarder. Pour qui vit en montagne, l'affaire est sans doute moins romantique, et c'est une limite à garder en tête. Mais le documentaire ne prétend pas régler le débat, il le contourne par la beauté.

À voir sur grand écran, clairement, parce que les paysages des Écrins méritent mieux qu'une tablette dans le train. Emmenez les enfants si vous en avez, à partir de sept ou huit ans ils tiendront largement l'heure dix. Et si vous aimez déjà les films animaliers patients, celui-là est une petite merveille de discrétion.

Crédit photo : AlloCiné