Grand Corps Malade revient avec Voir la mer, l’album où il célèbre ses failles vingt ans après Midi 20

Vingt ans. C’est le temps qui sépare Midi 20, le disque qui a sorti Fabien Marsaud de l’anonymat en 2006, et Voir la mer, son neuvième album studio arrivé le 18 septembre. Entre les deux, l’homme a changé de vie sans jamais changer de voix: toujours ce slam posé, cette manière de raconter les gens ordinaires avec une tendresse qui ne tombe jamais dans le mièvre.

Seize titres, cinquante-deux minutes. Ce n’est pas un disque de passage, c’est un disque bilan. Grand Corps Malade y regarde en arrière sans nostalgie plombante, et le morceau « 20 ans plus tard » résume tout le projet: d’où il vient, ce qu’il a perdu, ce qui tient encore debout. Le fil rouge, ce sont les failles. Il en fait carrément un titre, « Les failles », et ailleurs il transforme ses doutes en matière à chanson plutôt que de les planquer.

Il n’est pas seul sur ce disque. SDM pose sur « Traces », Mentissa illumine « Ça ira », Cœur de Pirate vient murmurer sur « L’hiver ». Des invités bien choisis, pas des featurings collés là pour gonfler les chiffres de streaming. Chacun apporte sa couleur sans écraser la sienne, et c’est assez rare pour le dire.

Voir la mer (CD)

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Il y a aussi un sujet qui traverse l’album en creux: notre époque, les écrans, l’intelligence artificielle qui s’invite partout. Grand Corps Malade ne joue pas le vieux grincheux qui tape sur la technologie, mais il rappelle gentiment que les mots, les vrais, ceux qu’on pèse et qu’on offre, valent encore quelque chose face aux machines qui en recrachent à la chaîne.

Alors oui, on connaît la recette. Les détracteurs vous diront que c’est toujours le même slam mélodique, les mêmes histoires de vie, la même formule qui marche depuis Midi 20. Ils n’ont pas tout à fait tort sur la forme. Sauf que la sincérité, elle, ne se fabrique pas, et c’est ce qui sauve l’album de la simple redite.

Pour qui c’est? Pour celles et ceux qui aiment qu’une chanson raconte quelque chose, qui ont fredonné « Roméo kiffe Juliette » ou « Mesdames » sans en avoir honte, et qui ont envie d’une heure douce sans tomber dans le gnangnan. À écouter un soir d’automne, casque sur les oreilles, pas en fond pendant qu’on fait autre chose. Ça mérite mieux que ça.

Crédit photo : Grand Corps Malade / Anouche Records