Grand Corps Malade a traversé l’Atlantique pour composer son disque le plus doux, et ça s’entend
Il est parti à Montréal. C’est là, loin de Saint-Denis et de ses repères, que Grand Corps Malade a écrit « Voir la mer », son neuvième album studio sorti le 18 septembre chez Anouche Records. Seize titres, cinquante-deux minutes, et une lumière qui change tout par rapport à ce qu’on avait l’habitude d’entendre chez lui.
Parce que le slameur au timbre grave, celui qui déroulait des textes sur l’hôpital, le handicap ou la banlieue avec une gravité assumée, s’est ici autorisé quelque chose de plus apaisé. On sent le type qui a pris du recul, qui regarde le temps passer sans amertume et qui préfère caresser ses souvenirs plutôt que régler des comptes. Le titre le dit bien : voir la mer, c’est déjà s’arrêter, respirer, prendre de la hauteur.
Ça ne veut pas dire qu’il a rangé ses convictions au placard. L’album continue de tendre le micro à des sujets de société, sur ce ton mi-tendre mi-lucide qui est sa marque de fabrique depuis « Midi 20 ». Simplement, la colère a laissé la place à quelque chose de plus contemplatif. Et honnêtement, ça lui va bien.
L’album dont on parle, en version physique :
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Côté invités, il a bien fait les choses. SDM débarque sur « Traces », ce single sorti fin août qui a beaucoup tourné, et le grand écart entre le rappeur et le slameur fonctionne mieux qu’on aurait pu le craindre. Il y a aussi Mentissa, Styleto sur « Le prochain rêve », et Cœur de pirate qui pose sa voix quelque part au milieu du disque. Des rencontres qui ne sonnent jamais comme des cases à cocher pour faire du streaming, plutôt comme des gens qu’on invite parce qu’on a envie de les entendre.
Le premier extrait, « J’en ai pas encore fini », avait donné le ton dès le mois de juin. Une manière de prévenir que non, il n’a pas dit son dernier mot, et qu’à cinquante ans passés il a encore des choses à raconter.
Alors pour qui c’est ? Pour ceux qui aiment quand les mots priment sur la performance, quand une phrase bien tournée vaut mieux qu’un refrain calibré pour la radio. C’est un album qui s’écoute posé, un soir, sans se presser. Le genre de disque qu’on met quand on a envie qu’on nous parle plutôt qu’on nous secoue. À vous de voir si vous êtes d’humeur.
Crédit photo : Grand Corps Malade / Anouche Records
