Matera, la ville-honte de l’Italie devenue le plus beau décor de cinéma du pays
Il y a soixante-dix ans, on cachait Matera. Aujourd’hui on paie pour y dormir, dans une grotte creusée à même le calcaire, avec vue sur un ravin qui n’a pas bougé depuis le paléolithique.
Cette petite ville de Basilicate, tout au sud de la botte italienne, abrite les Sassi : un dédale de maisons troglodytes taillées dans la roche, empilées les unes sur les autres au bord de la Gravina. Des gens y vivent depuis au moins 9 000 ans, ce qui range Matera parmi les plus vieilles cités continuellement habitées de la planète, dans la même cour que Jéricho.
Sauf que la carte postale cache une histoire beaucoup moins jolie. Dans les années 1950, des milliers de familles s’entassaient encore là-dedans avec leurs bêtes, sans eau courante, dans l’humidité et la maladie. La mortalité infantile grimpait à des niveaux qu’on n’osait pas regarder en face. En 1952, le chef du gouvernement Alcide De Gasperi qualifie l’endroit de honte nationale et fait voter l’évacuation. On vide les grottes, on reloge tout le monde dans des immeubles neufs, et Matera devient une ville qu’on préfère oublier.
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Le retournement est spectaculaire. En 1993, l’UNESCO classe les Sassi au patrimoine mondial. En 2019, la ville décroche le titre de capitale européenne de la culture. Ce qui était un bidonville minéral s’est transformé en labyrinthe d’hôtels troglodytes, d’églises rupestres couvertes de fresques et de restaurants installés dans d’anciennes citernes.
Et le cinéma s’en est emparé. Mel Gibson y a tourné La Passion du Christ en 2004, parce que Matera ressemble à la Jérusalem qu’on imagine sans jamais l’avoir vue. Il y a eu le Ben-Hur de 2016, la Wonder Woman de 2017, et surtout Mourir peut attendre, le James Bond de 2021, dont la course-poursuite d’ouverture dévale ces ruelles de pierre. Pasolini y avait déjà planté sa caméra en 1964. Plus de trente films en tout.
Le meilleur moment pour y aller, c’est hors saison, en avril ou en octobre, quand la lumière rase les toits sans que la foule des étés ne bouche les escaliers. Réservez une nuit dans un sasso, levez-vous avant le soleil, et regardez la ville s’allumer par en dessous. Franchement, peu d’endroits en Europe font cet effet-là.
Crédit photo : Pava (CC BY-SA 3.0)
