La Frappe, le premier film de Julien Gaspar-Oliveri où un ado rêve de recoller une famille que sa sœur refuse de reconstruire
Il y a des premiers films qui arrivent sans prévenir et qui vous restent en travers de la gorge. La Frappe, sorti ce 2 septembre dans les salles françaises, en fait partie. Julien Gaspar-Oliveri signe là son tout premier long-métrage, découvert à la Semaine de la Critique du dernier Festival de Cannes, et le résultat a de quoi marquer.
L’histoire tient en peu de choses. Enzo, dix-neuf ans, et sa sœur Carla vivent seuls depuis des années. Le père sort de prison. Enzo, lui, y voit la promesse d’une famille à reconstruire, une seconde chance, un truc auquel se raccrocher. Carla, elle, refuse. Elle ne veut pas renouer, ne veut pas rejouer une intimité que le passé a fissurée. Tout le film tient dans cet écart entre le frère qui espère et la sœur qui se ferme.
Le sujet est délicat, et le réalisateur ne le prend pas de front avec de grands discours. Il filme au plus près des visages, à hauteur de peau, pour capter le moindre souffle, le moindre silence. Ses personnages parlent peu. Ils oscillent entre tendresse et hostilité, sans jamais tout dire. Ça peut dérouter, parce qu’on aime bien qu’un film nous explique où il va. Ici, on reste dans le flou, dans le non-dit, et c’est justement là que ça travaille.
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La critique a plutôt salué le geste. On parle d’un premier film d’une belle dignité, porté par une direction d’acteurs impressionnante, et de Gaspar-Oliveri comme d’une vraie révélation à suivre de près. D’autres pointent la réserve du film, ces personnages qui se livrent si peu qu’on peine parfois à entrer en contact avec eux. Les deux avis se tiennent, en fait, et c’est souvent le signe d’un cinéma qui prend des risques.
À qui conseiller La Frappe ? À ceux qui aiment le cinéma social français quand il évite le misérabilisme, ceux qui préfèrent qu’on leur suggère plutôt qu’on leur assène. En une heure quarante-cinq, sans effet de manche, le film pose une question simple et rude à la fois : peut-on reconstruire une famille avec quelqu’un qui n’en veut plus ? Pas de réponse toute faite. Juste deux gamins, un père qui revient, et tout ce qui ne se dit pas entre eux. Franchement, pour un premier film, c’est une sacrée entrée en matière.
Crédit photo : AlloCiné
