Kerry James Marshall débarque enfin en France, et le Musée d’Art Moderne lui offre les murs qu’aucun musée français ne lui avait donnés
Kerry James Marshall a 71 ans et il n’avait jamais eu droit à une grande exposition en France. Ça paraît fou. Le bonhomme est l’un des peintres les plus importants des États-Unis, ses toiles s’arrachent chez les collectionneurs, et il aura fallu attendre septembre 2026 pour que le Musée d’Art Moderne de Paris répare l’oubli. L’expo s’appelle « The Histories », elle ouvre le 18 septembre et tient jusqu’au 24 janvier 2027, avenue du Président Wilson, juste en face de la Seine.
Le projet vient de loin. Il a d’abord été monté par la Royal Academy of Arts de Londres, avec le Kunsthaus de Zürich, avant d’atterrir à Paris. Soixante-dix œuvres, dont huit peintures toutes neuves que Marshall a réalisées spécialement pour cette tournée. Quarante ans de carrière ramassés en quelques salles, ce n’est pas rien.
Ce qui frappe d’abord, chez lui, c’est le noir. Pas la couleur triste, non. Marshall peint des personnages à la peau très sombre, presque d’un noir absolu, et il le fait exprès depuis les années 1980. Né en 1955 à Birmingham, en Alabama, il a grandi en plein mouvement des droits civiques, et il a très vite remarqué un truc tout bête: dans les musées, dans les grands tableaux classiques qu’on vénère, il n’y a quasiment aucun corps noir. Alors il en a mis. Partout. Des salons de coiffure, des pique-niques, des scouts, des amoureux, des intérieurs ordinaires, mais peints à la manière des maîtres anciens, avec la même ambition qu’un Vélasquez ou un Holbein.
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C’est là que c’est malin. Marshall ne fait pas de la peinture tract, du militantisme au marteau. Il répare une absence, calmement, en occupant le terrain de la grande peinture occidentale avec ses propres figures. « School of Beauty, School of Culture », l’une de ses toiles les plus connues, montre un salon de beauté afro-américain plein de vie, avec un détail caché qui renvoie droit à Holbein. Il faut la regarder longtemps pour tout attraper.
Pour qui c’est? Pour tous ceux que la peinture contemporaine intimide un peu, justement. Les tableaux sont grands, lisibles, généreux, bourrés d’histoires à décoder. On peut y aller sans bagage théorique et repartir avec des images plein la tête. Comptez une bonne heure. Le jeudi, le musée ferme à 21h30, c’est l’idéal pour finir la journée devant l’une des rares expos de la rentrée dont on reparlera longtemps.
Crédit photo : Musée d’Art Moderne de Paris
