Chelsea Wolfe sort son album le plus dépouillé et prouve qu’on peut faire flipper en chuchotant
Chelsea Wolfe, c’est cette Américaine qui a passé quinze ans à fabriquer la bande-son idéale d’une maison hantée, quelque part entre folk fantomatique et guitares qui grondent. Vendredi dernier, elle a sorti The Dark, son neuvième album, chez Loma Vista. Et pour une fois, elle a rangé le mur de distorsion au placard.
Ceux qui la suivent savent à quoi s’attendre d’habitude : des nappes épaisses, une voix noyée sous la réverbération, une ambiance de rituel nocturne. Là, elle fait l’inverse. Dix titres, beaucoup d’espace, presque du silence par moments. La voix passe devant, les arrangements reculent. Kerrang parle de son disque le plus accessible tout en restant hanté, et c’est assez juste. Accessible ne veut pas dire lumineux, hein. On reste dans le noir, juste avec une lampe torche au lieu d’une pièce plongée dans le brouillard.
Le premier extrait, Cold, donne le ton : lent, minéral, avec cette manière qu’elle a de faire monter la tension sans jamais crier. Suivent Death Is Not the End et le morceau-titre, sortis avant l’album pour préparer le terrain. Le reste de la tracklist, Seethe, Swallower, Turn the Key, Dancer in the Sky, tient sur la même corde : peu de notes, beaucoup d’atmosphère.
Pour écouter The Dark comme il se doit, casque sur les oreilles à la nuit tombée, sans y laisser un mois de salaire.
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Ce qui frappe, c’est le pari. Quand on a bâti sa réputation sur la densité, tout enlever, c’est risqué. Un artiste qui se cache derrière les effets, on lui pardonne pas mal de choses. À nu comme ça, il n’y a plus rien pour masquer une chanson faible. Et le disque tient debout, ce qui est plutôt rassurant sur ce qu’elle a dans le ventre.
C’est de la musique pour un moment précis, cela dit. Pas la playlist de l’apéro entre potes. Plutôt le casque sur les oreilles à la tombée de la nuit, quand vous voulez quelque chose de lent qui prend son temps. Les amateurs de PJ Harvey période sombre, de Nick Cave ou de Portishead devraient s’y retrouver sans mal.
Si vous n’avez jamais mis un pied dans son univers, The Dark est peut-être la meilleure porte d’entrée. Moins intimidant que ses vieux disques, tout aussi personnel. Et si le folk qui fait un peu peur n’est vraiment pas votre truc, au moins vous saurez quoi mettre pour Halloween. On n’est plus qu’à deux mois.
Crédit photo : Chelsea Wolfe / Loma Vista Recordings
