Russell T Davies transforme une histoire de double de clés en thriller le plus flippant de la rentrée

Il y a des séries qui partent d’un geste minuscule pour finir en cauchemar. « Tip Toe », arrivée le 13 août sur HBO Max, c’est exactement ça. Deux voisins de Manchester, quinze ans à se croiser au-dessus de la haie, et un jour l’un file son double de clés à l’autre. C’est tout. Sauf que voilà, à partir de là, tout dérape.

Leo tient un bar sur Canal Street, le quartier gay historique de Manchester. Il est joué par Alan Cumming, qui n’a jamais aussi bien porté la nuance entre le charme et la fêlure. À côté, Clive, électricien, deux fils ados, campé par David Morrissey en type ordinaire qu’on croit gentil. Les deux hommes s’apprécient, ou croient s’apprécier. Et puis les mots deviennent des armes, les opinions se durcissent, et la banlieue tranquille se change en champ de mines.

Le plus dérangeant, c’est que Davies ne filme pas des monstres. Il filme la manière dont la colère du monde en ligne finit par s’inviter dans le vrai, entre deux portes, sur un palier. Le créateur de « Years and Years » et « It’s a Sin » sait mieux que personne prendre le pouls d’une époque nerveuse. Ici, c’est le retour de bâton contre les droits des personnes queer qui sert de toile de fond, sans jamais que ça vire au pamphlet. On reste dans le concret : un trousseau, une clé en trop, une confiance qui se retourne.

It's a Sin - L'intégrale

Même créateur, même réalisateur, même claque : l’autre grande série de Russell T Davies et Peter Hoar.

It’s a Sin – L’intégrale → voir sur Amazon

Lien affilié Amazon. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Cinq épisodes, réalisés par Peter Hoar, déjà à la manœuvre sur « It’s a Sin ». Le format est parfait pour ce genre de montée de tension : assez court pour ne pas diluer, assez long pour installer le malaise. On n’est pas dans le thriller à rebondissements toutes les dix minutes. On est dans le lent pourrissement, celui qui fait vraiment peur parce qu’on le reconnaît. Le voisin sympa, le message de trop, la remarque qui reste en travers.

Alors oui, ça n’a rien de reposant, et il vaut mieux le savoir avant de lancer le premier épisode un dimanche soir. Mais si vous aimez les séries qui vous laissent un peu barbouillé, celles qui parlent de nous sans nous ménager, celle-là mérite largement vos cinq soirées. Cumming et Morrissey, à eux seuls, valent déjà le détour.

Crédit photo : Channel 4