Hamaguchi tourne pour la première fois en français, et il confie à Virginie Efira un rôle qui lui a valu le prix d’interprétation à Cannes

Vous connaissez sans doute Ryusuke Hamaguchi pour Drive My Car, ce film japonais tout en silences qui avait raflé un Oscar il y a quelques années. Le revoilà, sauf que cette fois il a posé sa caméra en France et il tourne, pour la première fois, en français. Le résultat s’appelle Soudain, c’est sorti dans les salles il y a quelques jours, et c’est le genre de film qu’on n’oublie pas en remettant son manteau.

Virginie Efira y joue Marie-Lou, qui dirige un établissement pour personnes âgées et essaie d’y installer une autre façon de soigner, faite d’écoute et de dignité plutôt que de cases à cocher. Sa route croise celle de Mari, une metteuse en scène japonaise qui se bat contre un cancer. Deux femmes, deux langues, une conversation sur la fin de vie qui n’a pourtant rien de plombant, contrairement à ce que le pitch pourrait laisser croire.

Ce qui est assez fou, c’est qu’Efira a vraiment appris le japonais pour le rôle. Pas trois phrases pour faire joli : Hamaguchi lui-même a raconté avoir été bluffé par le niveau qu’elle a atteint. Et à Cannes, en mai, le jury a couronné les deux actrices, Efira et Tao Okamoto, du prix d’interprétation féminine. Partagé, donc, ce qui est rare et plutôt beau vu le sujet.

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En attendant que Soudain arrive en vidéo, le précédent Hamaguchi, Drive My Car, reste dispo et vaut largement le détour.

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Le point de départ mérite aussi qu’on s’y arrête. Le film s’inspire d’une vraie correspondance, celle entre la philosophe Maoko Miyano, en phase terminale d’un cancer du sein, et l’anthropologue Maho Isono. Des lettres, échangées entre deux femmes qui refusent de faire semblant. On sent que Hamaguchi est parti de là, de ce refus du mensonge poli qu’on sert trop souvent aux malades.

Alors oui, il faut le dire, c’est un film qui prend son temps. Deux heures et des poussières où il ne se passe pas grand-chose au sens spectaculaire du terme. Si vous cherchez du rythme, passez votre chemin. Mais si vous acceptez de vous asseoir et d’écouter, vous en sortez remué, avec cette drôle d’impression d’avoir été un peu moins seul pendant tout ce temps.

C’est présenté comme un film manifeste, une sorte de plaidoyer pour plus d’humanité dans la manière dont on accompagne les gens en fin de vie. Sur le papier ça pourrait sonner comme une leçon de morale. Dans les faits, ça ne l’est jamais. Efira n’a peut-être jamais été aussi juste, et rien que pour elle, ça vaut le déplacement.

Crédit photo : AlloCiné