Nina Bouraoui envoie une gamine taper la balle contre un mur pour échapper à son père, et c’est le roman qui vous cueille cette rentrée

Une fille. Un mur. Une raquette. C’est tout, au départ, et c’est déjà énorme.

Nina Bouraoui revient le 19 août chez JC Lattès avec Championne, et le point de départ tient en une image qui ne vous lâche plus. Au pied de son immeuble, une adolescente frappe une balle contre un mur, inlassablement, des heures. Elle tape pour progresser, oui, mais surtout pour fuir. Fuir la colère d’un père violent, l’amour désordonné d’une mère, la pâleur d’une sœur, et un pays, l’Algérie, qui affleure en arrière-plan sans jamais peser sur la phrase.

Le tennis, ici, n’est pas un décor sportif. C’est une discipline du corps qui devient une discipline de survie. Chaque balle renvoyée, c’est un peu de terrain repris sur le chaos familial. Bouraoui écrit ça au ras du geste, avec cette langue courte et battante qu’on lui connaît depuis Garçon manqué, une langue qui halète au rythme des échanges. On avance par frappes, par respirations, et le roman d’apprentissage se construit là, entre deux rebonds.

Championne, Nina Bouraoui (JC Lattès)

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Le livre est plus dur que son résumé ne le laisse deviner. En cause, une faute que l’héroïne traîne. Une faute qu’il lui faudra avouer pour grandir, pour rêver enfin à la femme qu’elle deviendra, celle qui s’aimera et qui aimera. On est loin du récit sportif inspirant. C’est un livre sur l’émancipation d’une fille dans un monde d’hommes qui font peur, et sur la façon dont on se gagne soi-même avant de gagner quoi que ce soit d’autre.

Bouraoui n’est pas une inconnue qui débarque. Prix Renaudot 2005 pour Mes mauvaises pensées, elle sculpte depuis trente ans la même matière, l’enfance, le désir, l’exil intérieur. Sauf qu’ici elle resserre tout autour d’un seul mouvement, ce bras qui frappe, et ça donne peut-être son texte le plus tendu.

Cette rentrée littéraire aligne 461 romans, autant dire une avalanche où il faut savoir choisir. Championne fait partie des rares qu’on peut recommander les yeux fermés, même si vous n’avez jamais touché une raquette de votre vie. C’est court, c’est âpre, ça se lit d’une traite un dimanche d’orage. Prévoyez juste de ne pas être dérangé, parce qu’une fois le premier échange lancé, difficile de reposer le livre avant le dernier point.

Crédit photo : JC Lattès