Le kintsugi, cet art japonais de recoller la vaisselle cassée avec de l’or plutôt que de la jeter
Un bol tombe, se brise en cinq morceaux. Réflexe normal : poubelle. Sauf qu’au Japon, depuis des siècles, on fait exactement l’inverse. On ramasse les éclats, on les recolle, et surtout on peint la cassure en doré pour qu’elle se voie de loin. Ça s’appelle le kintsugi, littéralement la jointure en or, et c’est devenu bien plus qu’une technique de bricolage.
L’histoire raconte qu’au XVe siècle, le shogun Ashikaga Yoshimasa casse son bol à thé préféré, une pièce chinoise hors de prix. Il l’envoie en Chine pour réparation. Le bol revient recousu avec de vilaines agrafes métalliques, fonctionnel mais moche. Vexés, les artisans japonais cherchent mieux et finissent par assembler les morceaux à la laque urushi mêlée de poudre d’or. La fêlure ne se cache plus, elle brille.
Derrière le geste, il y a toute une façon de voir les choses. Le wabi-sabi, d’abord, qui trouve de la beauté dans l’imparfait, l’usé, ce qui a vécu. Et le mottainai, cette idée très japonaise qu’on ne jette pas ce qui peut encore servir. Un objet réparé au kintsugi n’est pas un objet abîmé qu’on tolère. C’est une pièce unique, avec sa cartographie de cicatrices dorées que personne d’autre ne possède.
Envie de tenter le geste vous-même ? Ce kit remplace la laque urushi par une colle dorée prête à l’emploi, de quoi recoller une tasse cassée sans matériel d’atelier.
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Forcément, l’idée a débordé du rayon vaisselle. On la retrouve partout en développement personnel, comme métaphore de nos propres fêlures : on ne répare pas en gommant, on répare en assumant. C’est joli, parfois un peu trop récupéré, mais l’image tient debout.
Bonne nouvelle, vous pouvez essayer chez vous sans quinze ans d’apprentissage. Les kits vendus aujourd’hui remplacent la laque urushi, longue à travailler et allergène, par une colle époxy déjà teintée or ou argent. Vous mélangez, vous appliquez sur la cassure, vous laissez sécher. Comptez une trentaine de minutes pour la prise et vingt-quatre heures avant de vraiment manipuler la pièce. La plupart de ces colles sont sans danger alimentaire une fois sèches, donc votre tasse fétiche repart au service.
Mon conseil : commencez par un objet sans valeur, une soucoupe ébréchée qui traîne, histoire de rater tranquillement les premiers essais. Le tremblé de la ligne dorée fait partie du charme. Et puis franchement, réparer soi-même une tasse à laquelle on tient, c’est autrement plus satisfaisant que d’en racheter une identique en trois clics.
Crédit photo : Guggger (CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons)
