Le fika, cette pause café suédoise qu’on saborde en la traitant comme un gobelet à emporter
En Suède, on ne « prend pas un café », on fait un fika. Le mot sert de nom et de verbe, et il désigne bien plus qu’une dose de caféine avalée devant l’écran. C’est une vraie institution, un moment qu’on s’accorde pour souffler, papoter, décrocher cinq minutes du boulot ou de la liste de tâches.
Le mot lui-même est rigolo : fika serait né en inversant les syllabes de kaffi, la vieille orthographe de kaffe. Du café, donc, mais retourné dans tous les sens, comme le rituel qui va avec.
Dans les faits, ça se joue souvent deux fois par jour. Un förmiddagsfika vers dix heures, un eftermiddagsfika vers quinze heures, et là une bonne partie du pays lève le pied en même temps. Pas de téléphone posé sur la table, pas de réunion déguisée : on s’assoit, on discute, et le café n’est finalement qu’un prétexte.
Avec, il y a presque toujours quelque chose à grignoter. Le roi incontesté, c’est le kanelbulle, la brioche roulée à la cannelle, parfois détrônée par sa cousine à la cardamome. Les Suédois y tiennent tellement qu’ils lui ont dédié une journée, le 4 octobre. Une pâtisserie avec sa propre fête, avouez que peu de viennoiseries peuvent en dire autant.
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Rien de surprenant venant d’un pays qui carbure au café. Avec ses quelque huit kilos par habitant et par an, la Suède reste dans le peloton de tête mondial, coincée entre le Danemark et les Pays-Bas, loin derrière les Finlandais qui écrasent tout le monde. Le fika, c’est un peu leur façon de transformer cette dépendance en art de vivre.
Et c’est là que je trouve l’idée maligne. Chez nous, la pause café ressemble trop souvent à un ravitaillement express, gobelet en carton, une main sur le clavier. Le fika prend le contre-pied : on s’arrête vraiment. Les études sur le bien-être au travail le répètent depuis des années, ces micro-coupures partagées font du bien au moral et recollent les équipes mieux qu’un séminaire hors de prix.
Bonne nouvelle, ça s’importe sans passeport. Une cafetière qui tient chaud, des brioches maison ou de la boulangerie du coin, un ou deux collègues, et surtout la règle d’or : on ne parle pas de la réunion de quinze heures. Le reste suit tout seul. À tester dès demain, vers dix heures, tasse à la main.
Crédit photo : Illustration générée par IA
