La pissaladière niçoise, cette tarte aux oignons qu’on gâche dès qu’on y met une tomate

On la confond tout le temps avec une pizza. Grave erreur. La pissaladière n’a pas une once de tomate, pas un gramme de fromage, et c’est justement ce qui en fait l’une des plus belles choses qu’on puisse sortir d’un four l’été. Trois ingrédients comptent vraiment: des oignons, des anchois, des olives noires. Le reste, c’est de la patience.

Son nom vient du pissalat, « poisson salé » en niçois, une pâte d’anchois et de sardines fermentés qu’on écrasait autrefois pour parfumer la tarte. Aujourd’hui la plupart des cuisiniers remplacent le pissalat par des filets d’anchois posés en croisillons, mais l’idée reste la même: du sel marin, du poisson, et cette profondeur un peu sauvage qui vient réveiller la douceur des oignons. Nice ayant longtemps regardé vers Gênes plus que vers Paris, la recette traîne des racines liguriennes qui remontent au moins au XVe siècle.

Le vrai secret, il est dans les oignons. Beaucoup, vraiment beaucoup, émincés fin et confits tout doucement à l’huile d’olive pendant trente à quarante minutes. Pas dorés, pas caramélisés au sens sucré du terme: fondus, presque en compotée, jusqu’à perdre toute leur agressivité. C’est là que la plupart des ratages se jouent. On met le feu trop fort, on s’impatiente, et on se retrouve avec des oignons à moitié crus qui rendent de l’eau et détrempent la pâte. Du coup la pissaladière devient molle et triste au lieu d’être moelleuse dessous, croustillante sur les bords.

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La pâte, justement, n’est pas une pâte brisée. Traditionnellement c’est une pâte à pain, façon fougasse, un peu épaisse, capable de tenir les oignons sans s’affaisser. On l’étale, on couvre généreusement, on dispose les anchois en losanges, on glisse une petite olive noire de Nice dans chaque case, et hop, vingt minutes à 200 degrés.

Ça se mange tiède, jamais brûlant, coupé en carrés, avec un verre de rosé bien frais et pas grand-chose d’autre. À Nice on la trouve chez le boulanger dès le matin, vendue à la part comme un en-cas. Chez vous, c’est l’apéro de juillet idéal, celui qu’on prépare la veille et qui est encore meilleur le lendemain. Si vous voulez mon avis, l’erreur à ne surtout pas commettre, c’est de vouloir la rendre jolie en ajoutant des poivrons ou de la tomate. Laissez-la brute. C’est comme ça qu’elle est parfaite.

Crédit photo : Illustration générée par IA