Patronyme : Vanessa Springora enquête sur son nom et ses morts

Cinq ans après Le Consentement, le livre qui avait mis tout le monde mal à l’aise et fait bouger la loi sur la protection des mineurs, Vanessa Springora est revenue en librairie le 2 janvier 2025. Son nouveau récit s’appelle Patronyme, il paraît chez Grasset, et il ne ressemble pas du tout au précédent. Cette fois, elle ne parle pas de ce qu’on lui a fait. Elle part à la recherche de ce qu’elle a hérité.

Le point de départ tient du hasard glaçant. Au moment précis où Le Consentement sortait, en 2020, la police l’appelle pour identifier le corps de son père, dont elle était séparée depuis une dizaine d’années. Elle se retrouve à vider son appartement de banlieue parisienne. Et dans les affaires du mort, elle tombe sur deux photos de jeunesse de son grand-père paternel, portant un uniforme et des insignes nazis.

À partir de là, le livre devient une enquête. Springora remonte le fil de ce nom, Springora, qui sonne étranger en français et dont personne dans la famille n’a jamais vraiment voulu raconter l’origine. Elle creuse les silences, les versions qui ne collent pas, les légendes familiales arrangées au fil des générations. Le patronyme devient le fil rouge d’une histoire faite de non-dits et de mensonges commodes.

Ce qui frappe, c’est la forme. Là où Le Consentement allait droit au but, Patronyme part dans tous les sens, et c’est voulu. Springora mélange le récit autobiographique, l’enquête documentaire, le carnet de voyage et la fiction. Elle convoque ses lectures, Kafka, Gombrowicz, Zweig, Kundera, des écrivains d’Europe centrale qui ont eux aussi trimballé des noms compliqués et des exils. Le résultat est un texte en mosaïque, qui assume de ne pas tout résoudre.

Patronyme — Vanessa Springora

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Le sujet de fond, c’est l’héritage. Pas l’argent, mais ce qu’on reçoit sans l’avoir demandé : un nom, une figure paternelle absente, un grand-père dont on découvre l’engagement du mauvais côté de l’Histoire. Springora interroge la part de déterminisme dans tout ça. Jusqu’où une famille nous fabrique, et à partir de quand on peut écrire sa propre version.

C’est moins choc que Le Consentement, forcément. Le précédent était un brûlot, celui-ci est une enquête intime plus diffuse, qui demande un peu de patience. Certains lecteurs y ont vu un livre magnifique sur la généalogie et le poids du secret. D’autres ont trouvé l’ensemble dispersé, trop chargé en digressions littéraires. Les deux camps ont sans doute raison.

Reste une autrice qui ne fait pas le livre qu’on attendait d’elle, et qui refuse de rejouer le coup gagnant. Avec ses 368 pages, Patronyme confirme que Springora ne veut pas être l’écrivaine d’un seul sujet. Si vous avez aimé sa façon de fouiller les zones d’ombre, celui-là vaut le détour. Si vous cherchiez un nouveau Consentement, passez votre chemin.

Crédit photo : DR