Dissolution de l’Assemblée : pourquoi ce mot a fait trembler la classe politique
Le soir des élections européennes, personne ne s’attendait à ça. Le Rassemblement national de Jordan Bardella sort largement en tête avec 32,5 % des voix, le camp présidentiel Renaissance se traîne à 19 %, et dans la foulée Emmanuel Macron annonce la dissolution de l’Assemblée nationale. Un coup de tonnerre, justifié par le président comme une manière de redonner la parole au peuple. Mais au fond, ça veut dire quoi, dissoudre l’Assemblée ?
Concrètement, c’est l’acte par lequel le chef de l’État met fin de façon anticipée au mandat des députés. Résultat immédiat : de nouvelles élections législatives doivent se tenir dans un délai de vingt à quarante jours. C’est un outil prévu par l’article 12 de la Constitution de la Ve République, pensé pour résoudre une crise en renouvelant l’Assemblée. Un pouvoir fort, presque solitaire, qui appartient au seul président.
Ce qui rend le geste spectaculaire, c’est sa rareté. Sous la Ve République, la dissolution n’a servi que cinq fois. De Gaulle l’a utilisée trois fois, en 1958 pour asseoir les nouvelles institutions, en 1962 après un vote de censure, puis en 1968 pour reprendre la main après mai. Mitterrand a fait de même en 1981 et 1988, juste après ses victoires présidentielles, histoire de se doter d’une majorité cohérente. Et puis il y a le contre-exemple resté dans toutes les mémoires : 1997, quand Jacques Chirac dissout l’Assemblée par calcul et se retrouve avec une cohabitation imposée par la gauche.
Pour comprendre les rouages de la Ve République sans faire Sciences Po :
Le Petit livre de la Constitution française → voir sur Amazon
Lien affilié Amazon. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.
C’est précisément là que se niche le risque. La dissolution permet de débloquer une crise et de tester l’adhésion populaire, mais elle peut aussi se retourner contre celui qui la déclenche. Si les urnes ne donnent pas la majorité espérée, le président se retrouve à cohabiter avec une Assemblée hostile. Le pari de Chirac s’était soldé par une déroute, et l’histoire aime se répéter.
Dans le contexte de 2024, le coup est d’autant plus audacieux que le paysage politique est fragmenté et que le RN sort renforcé. Macron parie sur un sursaut, sur une clarification qui obligerait les Français à trancher. Mais le scénario peut tout aussi bien déboucher sur l’inverse : une majorité introuvable, un blocage institutionnel, une cohabitation tendue.
Les semaines qui suivent une dissolution sont toujours électriques, et celle-ci ne fait pas exception. C’est tout le sel de l’exercice : un seul homme appuie sur le bouton, mais ce sont les électeurs qui écrivent la suite. Et personne, pas même celui qui dissout, ne connaît la fin de l’histoire à l’avance.
Crédit photo : DR
