Venezuela : comment Maduro est passé du palais présidentiel aux menottes

L’arrestation de Nicolás Maduro en ce début janvier 2026 ferme un chapitre brutal, mais que beaucoup voyaient venir depuis longtemps. Pour comprendre comment un chef d’État en exercice finit appréhendé comme un vulgaire trafiquant, il faut remonter le fil d’une dégringolade en trois temps : l’argent du pétrole, l’effondrement, puis la dérive criminelle d’un régime aux abois.

Tout part d’un rêve d’abondance. En 1999, Hugo Chávez arrive au pouvoir porté par les classes populaires et lance sa Révolution bolivarienne. La chance lui sourit insolemment : le baril s’envole au-dessus de 100 dollars. Or le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole au monde. Le pays devient soudain richissime, et Chávez injecte cette manne dans la santé et l’éducation, faisant reculer la pauvreté pour de bon.

Sauf que tout cela tient sur du sable. Le pays importe presque tout ce qu’il consomme, l’industrie locale crève sous les nationalisations et la corruption gangrène l’État du sol au plafond. Le Venezuela devient totalement accro à son pétrole. À la mort de Chávez en 2013, son dauphin Nicolás Maduro, ancien chauffeur de bus devenu syndicaliste, hérite d’un pays divisé et d’une économie au bord du gouffre.

Et le gouffre arrive vite. À peine Maduro installé, le cours du brut s’effondre. Sans l’or noir, le modèle s’écroule comme un château de cartes. Plutôt que de réformer, il choisit la fuite en avant et fait tourner la planche à billets sans frein. Résultat : l’une des pires hyperinflations de l’histoire moderne, un bolivar qui ne vaut plus rien, des rayons vides et des pharmacies à sec.

Venezuela, chronique d'une déstabilisation (Maurice Lemoine)

Pour creuser les coulisses de cette crise au long cours, ce livre de Maurice Lemoine décortique les ressorts économiques et politiques de la chute vénézuélienne.

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Les chiffres donnent le vertige. Le PIB du pays a fondu de près de 80 % en dix ans, un choc plus violent que la Grande Dépression américaine de 1929. La conséquence, c’est un exode comme on en a rarement vu : près de huit millions de Vénézuéliens, environ un quart de la population, ont fui pour survivre. Face à la colère de la rue, lors des manifestations géantes de 2014 et 2017, Maduro n’a répondu que par la répression militaire et le sang.

Pour s’acheter la loyauté des généraux quand les caisses sont vides, le régime bascule peu à peu dans le crime. Selon de nombreuses enquêtes internationales et la justice américaine, le pouvoir se mue en organisation criminelle, le fameux Cartel des Soleils. Point de non-retour en mars 2020 : les États-Unis inculpent Maduro pour narcoterrorisme et offrent 15 millions de dollars pour sa capture. À partir de là, ce n’est plus seulement un dictateur, c’est un fugitif en sursis.

Le coup de grâce vient de la présidentielle de juillet 2024. Sous pression, le régime avait accepté un scrutin où l’opposition s’était rangée derrière le diplomate Edmundo González Urrutia. Les procès-verbaux récoltés sur le terrain donnaient González gagnant avec près de 67 % des voix. Le Conseil national électoral, aux ordres, a proclamé Maduro vainqueur sans jamais montrer la moindre preuve.

Ce hold-up électoral lui a coûté ses derniers soutiens, jusqu’aux alliés de gauche comme Lula au Brésil ou Petro en Colombie. Privée de toute alternance possible, la communauté internationale a resserré l’étau judiciaire et financier tout au long de 2025. Son arrestation n’a donc rien d’un accident : c’est l’issue logique d’un régime cerné par les enquêtes pour crimes contre l’humanité et narcotrafic, à court d’options pour survivre.