Karma, le thriller où Guillaume Canet enferme Marion Cotillard dans une secte espagnole dont on ne ressort pas tout à fait indemne
Guillaume Canet a changé de registre, et ça lui va plutôt bien. Avec Karma, sorti en salles le 21 octobre après un passage remarqué hors compétition au dernier festival de Cannes, il abandonne la comédie et la bande de copains pour un thriller psychologique sous tension, tourné dans le nord de l’Espagne, loin de ses décors habituels.
L’histoire tient le spectateur par le col du début à la fin. Marion Cotillard incarne Jeanne, une femme dont le filleul disparaît du jour au lendemain. La police la soupçonne, les regards se détournent, et faute de mieux elle retourne se réfugier là où elle a grandi : une communauté religieuse coupée du monde, le genre d’endroit qu’on fuit d’habitude plutôt que d’y courir. Sauf qu’elle, elle pense y trouver un abri. On vous laisse deviner si c’était une bonne idée.
Face à elle, Denis Ménochet campe le chef de cette communauté, et il est glaçant. Toute sa présence tient à une autorité douce, patiente, qui fait bien plus peur qu’un méchant qui crie. Leonardo Sbaraglia et Luis Zahera complètent le casting côté espagnol, et l’ensemble sonne juste, sans jamais tomber dans le cliché de la secte de carton-pâte qu’on voit trop souvent au cinéma.
Pour retrouver Marion Cotillard dans l’un de ses plus grands rôles, le film de Jacques Audiard qui l’a bouleversée reste une claque.
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Canet a coécrit le scénario avec Simon Jacquet, et ça se sent dans la mécanique : chaque révélation en appelle une autre, le passé de Jeanne remonte par petites touches, et le film prend son temps. Deux heures et des poussières, c’est long, et il y a bien un ou deux passages où l’on sent le ventre mou. Mais Cotillard tient tout. Elle joue une femme hantée, incapable de semer les fantômes de son enfance, et c’est probablement l’un de ses meilleurs rôles depuis longtemps.
Si vous aimez les thrillers qui misent sur l’atmosphère plutôt que sur l’action, ceux qui vous travaillent le lendemain au réveil, Karma est fait pour vous. Si vous cherchez du rythme à toute épreuve, vous risquez de trouver le temps un peu long par moments. Pour ma part, j’ai trouvé l’expérience vraiment prenante, portée par deux acteurs au sommet et une mise en scène qui a enfin trouvé sa gravité.
Un conseil quand même : évitez de le regarder seul un soir de pluie. L’ambiance colle à la peau un bon moment.
Crédit photo : AlloCiné
