La Gradiva emmène une classe de lycéens à Pompéi, et Marine Atlan signe le premier film le plus gracieux de l’automne

On ne s’attendait pas forcément à ce qu’un voyage scolaire à Naples devienne l’un des plus beaux films français de l’année. C’est pourtant ce que réussit Marine Atlan avec La Gradiva, son tout premier long métrage, en salles depuis ce 21 octobre.

L’histoire tient d’abord à peu de choses. Une classe part visiter les ruines de Pompéi, ces corps figés par le Vésuve. Parmi les élèves, Toni traîne une histoire de famille qu’on lui a toujours cachée: sa mère a quitté Naples après avoir perdu l’homme qu’elle aimait dans le tremblement de terre de 1985. Le gamin cherche des réponses, et la ville antique lui renvoie ses propres fêlures.

Ce qui frappe, c’est la façon dont Atlan filme l’adolescence sans jamais la caricaturer. Le désir, la colère, la peur de l’avenir, le poids de ce qu’on hérite sans l’avoir choisi: tout passe par des corps jeunes, maladroits, attachants, au milieu d’un décor qui parle de mort depuis presque deux mille ans. Le vertige saisit les personnages, et il nous saisit avec eux.

Le film a convaincu là où ça compte. Grand Prix de la Semaine de la critique à Cannes cette année, prix Ornano-Valenti à Deauville, et une présélection parmi les cinq longs métrages pressentis pour représenter la France aux Oscars. Pour un premier film, c’est beaucoup, et franchement mérité.

Le Délire et les rêves dans Gradiva de W. Jensen (Freud)

Le titre du film vient d’une nouvelle de Wilhelm Jensen que Freud a disséquée dans ce petit livre: à lire pour prolonger la séance.

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Un mot sur la durée: 2h25, ça peut faire peur. Sauf que le temps file, parce qu’Atlan prend justement celui de laisser respirer ses plans et de regarder ses acteurs vivre. Colas Quignard, Suzanne Gerin et Antonia Buresi portent tout ça avec une justesse rare chez des visages qu’on ne connaissait pas hier.

Pour qui c’est? Pour ceux qui aiment le cinéma qui prend son temps, celui des sentiments plutôt que des rebondissements. Si vous cherchez de l’action, passez votre chemin. Mais si l’idée d’un récit d’apprentissage filmé comme un rêve éveillé, entre lumière méditerranéenne et pierres antiques, vous parle, vous tenez là votre séance de la semaine.

On sort de là un peu sonné, avec l’impression d’avoir vu grandir des gamins en deux heures. C’est rare, et ça fait du bien de le dire: voilà une cinéaste dont on va reparler longtemps.

Crédit photo : AlloCiné