Delphine de Vigan confie un téléphone à un inconnu, et ce roman sur nos écrans vous poursuit longtemps après la dernière page

Un soir, à la terrasse d’un bar parisien, une jeune femme tend son téléphone à Thomas, un inconnu. Elle lui donne aussi le code. Puis elle disparaît. C’est tout le point de départ de « Je suis Romane Monnier », le roman que Delphine de Vigan a publié chez Gallimard en janvier 2026, et croyez-moi, on referme rarement un livre avec cette sensation d’avoir fouillé une vie qui ne nous appartient pas.

Parce que c’est exactement ce que fait Thomas. Il ne rend pas l’appareil, il l’ouvre. Et il tombe sur des notes, des messages, des photos, des enregistrements vocaux, même des bouts de séances de thérapie. Petit à petit, à travers cet écran qui n’est pas le sien, la trajectoire de Romane se reconstitue. Qui était-elle vraiment ? Pourquoi avoir tout laissé à un type croisé une fois ?

Vigan ne se contente pas d’un bon pitch de thriller. Elle s’en sert pour poser la vraie question, celle qui nous concerne tous : qu’est-ce qu’un téléphone dit de nous ? On range notre intimité complète dans un rectangle de verre, nos angoisses, nos mensonges, nos recherches honteuses à trois heures du matin. L’autrice fouille là-dedans sans jugement, mais avec une précision qui met un peu mal à l’aise, forcément.

On retrouve ce qui l’obsède depuis « Les Enfants sont rois », son roman sur les familles qui vendent leurs gosses aux réseaux sociaux. Sauf qu’ici elle ajoute une couche très actuelle, celle de l’intelligence artificielle et d’une époque où plus personne ne sait démêler le vrai du reconstruit. C’est un portrait de notre rapport au portable, et c’est glaçant de justesse.

Je suis Romane Monnier

Envie de vous y plonger ? Le roman de Delphine de Vigan est dispo chez Gallimard.

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Alors oui, le procédé peut sembler froid sur le papier, une vie racontée par ses traces numériques. Mais l’écriture de Vigan reste charnelle, nerveuse, elle vous embarque vite. Comptez quelques soirées, le livre file entre les mains.

Pour qui c’est ? Pour celles et ceux qui ont aimé « Rien ne s’oppose à la nuit » et veulent retrouver cette autrice qui sait disséquer l’intime. Pour tous ceux, aussi, qui regardent leur écran de verrouillage le soir en se demandant ce qu’un inconnu y lirait. Spoiler : probablement beaucoup trop de choses.

Un roman qui ne crie jamais et qui dérange d’autant plus. C’est le genre de lecture qu’on garde en tête des semaines.

Crédit photo : Gallimard