Allumettes, le polar croate qui part d’un feu de collines au-dessus de Split pour disséquer tout un pays
Il y a des livres qu’on ouvre pour l’intrigue et qu’on referme en ayant appris la géographie d’un bout de Croatie. Allumettes, de Jurica Pavičić, est de ceux-là. On est au-dessus de Split, un été, et la montagne prend feu. Au début l’affaire paraît simple, un pyromane, une imprudence, un mégot mal éteint. Sauf que voilà, Pavičić ne fait jamais rien de simple, et ce qui ressemble à un fait divers se transforme petit à petit en radiographie de tout un pays.
L’auteur, né à Split en 1965, sait de quoi il parle. Il a vu sa ville ravagée par les flammes en 2017, et c’est de cet incendie bien réel qu’il tire son roman. On sent cette expérience à chaque page, dans la façon dont il décrit la chaleur, la panique, les voisins qui arrosent leur toit en regardant la crête rougir. Rien n’est plaqué, tout vient d’un endroit vécu.
Ce qui rend le livre vraiment fort, c’est qu’il refuse de choisir son camp entre le polar, le roman psychologique et le récit politique. L’enquête avance, mais en avançant elle gratte les fissures de la Croatie contemporaine, de l’héritage encombrant de l’ère Tito aux promesses jamais tenues du capitalisme d’après-guerre. Le feu devient une métaphore qui ne pèse jamais des tonnes, parce que Pavičić garde toujours un pied dans le concret, dans les personnages, dans leurs petites lâchetés quotidiennes.
Le roman dont on parle, à glisser dans votre pile de l’automne :
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Si le nom ne vous dit rien, sachez qu’il n’est pas un débutant qui sort de nulle part. Son premier roman traduit en français chez Agullo, L’Eau rouge, avait raflé en 2021 à peu près tous les grands prix du polar, dont le Grand Prix de littérature policière. Allumettes confirme qu’on tient là l’un des meilleurs auteurs noirs d’Europe, et pas seulement de son coin des Balkans.
La traduction est signée Olivier Lannuzel, chez Agullo, dans la collection Agullo Noir, parue en septembre. C’est le genre de bouquin qu’on conseille autant aux amateurs de romans noirs tendus qu’à ceux qui aiment comprendre un pays par sa littérature plutôt que par un guide touristique.
Comptez quelques soirées, de préférence quand il fait moche dehors, un thé pas loin, et laissez la montagne brûler. Vous ne verrez plus jamais une colline sèche de la même façon.
Crédit photo : Agullo éditions
