Lázár, la saga hongroise d’un gamin de 23 ans qui fait déjà penser à Thomas Mann
Il y a des livres qu’on repère à la pile qui grossit sur la table des libraires, et puis il y a Lázár. Nelio Biedermann a 23 ans, il est suisse, il écrit en allemand, et son premier roman s’est déjà vendu dans une vingtaine de langues avant même qu’on ait fini d’en parler. Patti Smith en personne a vanté sa plume. Pour un gosse qui pourrait encore être en école, ça fait beaucoup.
Le roman est sorti en français chez Belfond le 20 août, traduit par Rose Labourie, 352 pages. C’est une saga familiale sur trois générations de la noblesse hongroise, de la chute de l’Empire austro-hongrois jusqu’à l’arrivée du communisme. Au départ il y a Lajos von Lázár, un enfant né avec une peau translucide et des yeux bleu lac, élevé dans un château par un père autoritaire et une mère dépressive. La fortune est là, l’atmosphère reste étouffante.
Ce qui frappe, c’est la façon dont Biedermann fait coexister l’intime et la grande Histoire. Les deux guerres mondiales, le nazisme, la bascule communiste traversent le livre sans jamais écraser les personnages, qui se débattent avec leurs dilemmes moraux au milieu du chaos. On pense forcément à Thomas Mann, aux grandes fresques d’Europe centrale, mais le ton est à part. Il y a du gothique, des forêts un peu magiques, de la poésie, et un humour corrosif qui empêche l’ensemble de sombrer dans le drame pesant.
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Rose Labourie a eu du travail, parce que le texte mêle violence, réalisme magique et ironie, et qu’il fallait tenir tout ça en français sans casser le rythme. C’est réussi. On avance vite, les chapitres s’enchaînent, et on oublie complètement qu’on lit un premier roman.
Pour qui c’est ? Pour celles et ceux qui aiment les grandes sagas européennes, les familles qui s’effondrent lentement sur fond de siècle en ruine, et qui n’ont pas peur d’un pavé dense mais lumineux. Si vous avez aimé Les Buddenbrook ou les romans d’Europe de l’Est qui mélangent conte et tragédie, foncez.
Reste la question qui agace un peu : comment écrit-on ça à 23 ans ? On n’a pas la réponse. Mais c’est plutôt rassurant de voir qu’un premier roman peut encore créer ce genre de remous sans tapage marketing fabriqué de toutes pièces.
Crédit photo : Belfond
