Minotaure, le grand retour de Zviaguintsev qui repart de Cannes avec le Grand Prix
Neuf ans qu’on attendait un nouveau film d’Andreï Zviaguintsev. Depuis Faute d’amour, en 2017, le cinéaste russe s’était fait rare, et pour cause : il a quitté la Russie, il est tombé gravement malade, et son cinéma n’a plus vraiment sa place là-bas. Le voilà qui revient avec Minotaure, reparti du dernier Festival de Cannes avec le Grand Prix, rien que ça. C’est même le film choisi pour représenter la France aux Oscars 2027, puisqu’il s’agit d’une coproduction France-Lettonie-Allemagne.
Le point de départ, c’est Gleb. Un patron d’entreprise qui a tout réussi : une belle maison, une famille, l’ordre impeccable des gens persuadés de maîtriser leur vie. Sauf qu’il découvre que sa femme, Galina, le trompe. À partir de là, l’édifice se fissure, puis se lézarde pour de bon, et tout glisse lentement vers la violence. En toile de fond, la guerre en Ukraine, jamais loin, comme un bruit sourd.
Le titre, lui, n’est pas là pour décorer. Le Minotaure, c’est ce monstre enfermé dans son labyrinthe, mi-homme mi-bête, condamné à tourner en rond dans sa propre prison. Gleb, c’est un peu ça : un homme pris au piège de sa colère et de sa fierté, qui s’enfonce sans trouver la sortie. L’image est belle, et elle fait froid dans le dos.
Avant d’aller voir Minotaure, un bon moyen de découvrir le cinéma de Zviaguintsev : Léviathan, sa grande fresque russe primée à Cannes.
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Zviaguintsev s’est librement inspiré de La Femme infidèle, le film de Claude Chabrol de 1969. On retrouve d’ailleurs tout ce qui fait sa marque depuis toujours : des plans d’une froideur magnifique, un rythme qui prend son temps (comptez 2h20, prévenez votre vessie), et cette manière de filmer la décomposition d’un homme et celle d’un pays dans un même mouvement. Ce n’est pas un cinéma qui vous prend par la main. C’est lent, c’est glaçant, et ça vous laisse un petit caillou dans la chaussure plusieurs jours après la séance.
Si vous avez aimé Léviathan ou Faute d’amour, vous savez déjà que vous irez. Pour les autres, franchement, ce n’est pas le film de la soirée détente du vendredi soir. Mais si vous aimez le cinéma qui dérange un peu, celui qui regarde les gens s’effondrer sans jamais hausser le ton, Minotaure risque de vous marquer durablement.
La sortie est calée au 14 octobre dans les salles françaises. Un conseil : allez-y bien réveillé, et gardez-vous un moment pour souffler après, parce qu’on ne ressort jamais tout à fait indemne d’un Zviaguintsev. En tout cas, moi, je serai dans la salle dès la première semaine.
Crédit photo : Les Films du Losange
