M83 vous écrit une lettre, et pour une fois Anthony Gonzalez baisse le volume au lieu de faire exploser le ciel
On connaît M83 pour ses murs de synthés, ses envolées de fin du monde et ce fameux « Midnight City » qui a servi de bande-son à la moitié des pubs de la décennie. Alors quand Anthony Gonzalez, le cerveau français du projet, sort un dixième album qui s’appelle « I Wrote You A Letter », on s’attend à un truc grandiose. Sauf que voilà, il fait exactement l’inverse.
Paru le 25 septembre sur son label Other Suns, ce disque de neuf titres tourne le dos aux climax cinématiques. Pas de grand feu d’artifice, pas de refrain qui vous prend à la gorge. À la place, une musique plus brumeuse, plus abstraite, presque instrumentale, qui renoue avec les tout premiers M83 du début des années 2000. Ceux qui ont usé les deux volumes ambient « Digital Shades » savent de quoi je parle. On est là-dedans.
Le résultat déroute au premier écoute, forcément. On tend l’oreille en attendant que ça décolle, et ça ne décolle jamais vraiment. Puis on comprend que c’est le but. Gonzalez décrit lui-même le disque comme la bande-son d’un film qui n’existe pas, une parenthèse pour souffler. C’est de la musique à laisser tourner en fond un dimanche pluvieux, pas à balancer dans une salle de concert bondée. Le single « Blister Sunshine », où sa voix arrive de très loin, comme étouffée, est le moment où tout ce pari prend enfin son sens. C’est franchement beau.
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Ce choix a de quoi surprendre venant d’un type qui, depuis Antibes puis Los Angeles, a passé vingt ans à composer des cathédrales sonores et à signer des musiques de films comme « Oblivion ». Son précédent disque, « Fantasy » en 2023, jouait encore la carte de la nostalgie synthétique à plein régime. Là, il range les grandes orgues et revient à l’os.
La critique, elle, est partagée. Certains regrettent l’absence de morceau qui marque, d’autres saluent ce virage vers l’intime. Sur les agrégateurs, l’album tourne autour de 70 côté presse et un peu plus côté public, ce qui traduit bien cette histoire de disque qu’on aime sans forcément vouloir le crier sur les toits.
Pour qui c’est, du coup ? Pas pour celui qui découvre M83 et cherche le tube. Plutôt pour vous si vous aimez les disques qui prennent leur temps, les ambiances feutrées, la dream pop qui préfère suggérer que cogner. Mettez un casque, éteignez la lumière, et laissez la lettre arriver. Ce n’est pas le M83 le plus spectaculaire, mais c’est peut-être le plus sincère depuis longtemps.
Crédit photo : M83 / Other Suns
