Leon Bridges range le costume soul et monte dans une barque, et Happiness Anytime respire enfin le grand soleil
Leon Bridges a passé dix ans à jouer le crooner en costume, celui qui ressuscitait la soul des années soixante avec une voix de velours et des chemises impeccables. Sur la pochette de son cinquième album, il est debout sur une petite barque bleu et rouge, chapeau de paille vissé sur la tête, au milieu d’une eau turquoise. Le message est clair avant même la première note.
Happiness Anytime est sorti le 25 septembre, chez Columbia, et c’est un vrai virage. Le natif de Fort Worth a rangé le blues rétro qui l’avait rendu célèbre en 2015 avec Coming Home. À la place, il danse.
Pour ça, il s’est associé à Lydia Kitto et Josh Lloyd-Watson, deux des cerveaux de Jungle, le collectif anglais dont on vous parlait justement il y a quelques jours. Ensemble, ils ont fabriqué douze titres qui lorgnent vers Fela Kuti, vers le Brésil de Jorge Ben et de Sergio Mendes, vers ce Paul Simon des années quatre-vingt-dix qui allait chercher ses rythmes ailleurs. Des percussions jouées à la main, des grooves qui tournent, une chaleur permanente.
Bridges le dit lui-même : l’idée, c’était de cultiver la joie. Pas la joie forcée des jingles publicitaires, plutôt une joie qu’on entretient, qu’on travaille comme un jardin. Après des disques souvent mélancoliques, il avait visiblement envie de sourire.
L’album dont on parle ici, a glisser dans la platine :
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Le résultat, du coup, surprend. La voix est toujours là, ce timbre soul qu’on reconnaît en deux secondes, sauf qu’elle flotte maintenant sur des morceaux faits pour bouger. On pense à un dimanche d’été qui refuse de finir, à une piste de danse en plein air. C’est solaire sans être niais, et ça, ce n’est pas donné à tout le monde.
Petite curiosité : l’album est arrivé en trois EP de quatre titres, publiés au fil des mois avant de former le disque complet. Une façon de faire durer le plaisir, ou de tester l’humeur du public. Peu importe, le puzzle final tient debout.
Alors oui, les puristes du premier Leon Bridges vont peut-être tiquer. Le velours a laissé place aux congas. Mais un artiste qui refuse de se répéter et qui trouve autant de lumière en changeant de cap, franchement, ça mérite qu’on tende l’oreille. À écouter au casque en marchant, ou fort, très fort, quand la grisaille de fin septembre commence à peser.
Crédit photo : Columbia Records
