Notre salut, le film où Swann Arlaud devient un petit fonctionnaire de Vichy et vous glace sans jamais hausser le ton
Il y a les films de guerre avec des uniformes, des rafles filmées de loin et une musique qui vous souffle quoi ressentir. Notre salut ne fait rien de tout ça. Emmanuel Marre a préféré s’attaquer au vrai moteur de la Collaboration, celui qu’on préfère oublier: le bureau, le tampon, la note de service. Et c’est bien plus dérangeant qu’une scène d’arrestation.
On est en septembre 1940. Henri Marre, ingénieur de 49 ans, débarque à Vichy avec un traité politique qu’il a publié à compte d’auteur et une idée fixe: se rendre utile au nouveau régime, trouver enfin la place qu’il estime mériter. On l’embauche dans une commission du travail. À partir de là, tout se joue par petites marches. La rationalisation, le STO, puis l’organisation de la déportation de familles juives vers les autorités allemandes. Jamais de grand basculement, jamais de scène où il vendrait son âme d’un coup. Juste un homme qui coche des cases et qui grimpe.
Swann Arlaud est bluffant là-dedans. Il ne joue pas un monstre, il joue un type ambitieux, poli, presque effacé, et c’est exactement ce qui rend le film glaçant. On comprend, minute après minute, comment un citoyen ordinaire finit par cautionner l’infâme sans jamais se sentir coupable une seconde. La fameuse banalité du mal, sauf qu’ici elle a un visage, un pavillon, une femme et des collègues de bureau.
Le film raconte la banalité du mal en actes. L’expression vient de ce livre de Hannah Arendt, à (re)lire juste après la séance.
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La mise en scène pousse à fond la carte du documentaire: caméra à l’épaule, lumière naturelle, aucune distance morale qui viendrait vous rassurer. Vous n’êtes pas au-dessus du personnage, vous êtes à côté de lui, dans le même couloir. Ça dure 2h30 et ça pèse, autant vous prévenir. Ce n’est pas le film qu’on met un dimanche soir pour décompresser.
Un détail qui change tout: Emmanuel Marre s’est inspiré de son propre arrière-grand-père. Ce n’est donc pas un règlement de comptes confortable avec des salauds lointains, c’est quelqu’un qui fouille dans sa propre famille. Le film est reparti de Cannes avec le Prix du scénario, et pour une fois le jury n’a pas primé un objet gadget.
Pour qui? Pour ceux que le sujet ne fait pas fuir, et qui préfèrent qu’un film pose les bonnes questions plutôt que d’y répondre à leur place. Notre salut sort en salles le 30 septembre. Prévoyez juste de ne pas enchaîner sur une comédie derrière.
Crédit photo : AlloCiné
