Van Gogh revient à Paris avec son oreille bandée, pour la première fois depuis 1937

C’est le genre de tableau qu’on croit connaître par coeur sans l’avoir jamais vu en vrai. L’Autoportrait à l’oreille bandée, Van Gogh se l’est peint début 1889, le pansement blanc bien visible, la pipe au bec, le regard qui ne cherche pas à séduire. Il dort d’habitude à la Courtauld Gallery de Londres. À partir du 9 octobre, il sera accroché à la Fondation Louis Vuitton, et c’est un petit événement : la toile n’avait plus été montrée en France depuis 1937, et personne ne l’avait prêtée pour une expo depuis 1990.

Ce retour, on le doit à un fantôme de l’histoire de l’art, Gustave Fayet. Un nom que presque personne ne connaît, alors qu’il a réuni au tournant du XXe siècle l’une des collections les plus gonflées de son temps. Viticulteur du côté de Béziers, il achète cet autoportrait à Émile Schuffenecker le 21 mars 1902, à une époque où Van Gogh valait encore trois francs six sous aux yeux du grand public. Flair total.

L’expo s’appelle Gustave Fayet, collectionneur-créateur. Elle rassemble plus de 250 oeuvres aujourd’hui éparpillées aux quatre coins du monde, et même 767 pièces et documents si on compte tout. Au menu, dix Van Gogh, soixante-dix-huit Gauguin, quatre-vingt-huit Odilon Redon. Rien que ça. Reconstituer une collection démembrée depuis un siècle, c’est un travail de fourmi, et ça offre surtout l’occasion rare de voir dialoguer ces trois-là dans les mêmes salles.

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Le vrai atout, c’est que Fayet n’était pas qu’un acheteur compulsif. Il peignait, il dessinait des tapis, il avait transformé son abbaye de Fontfroide en atelier vivant. On ne visite donc pas qu’un mur de chefs-d’oeuvre, on entre dans la tête d’un type qui a parié sur des peintres que tout le monde snobait.

Il y aura de la queue, forcément, avec un aimant pareil sur les cimaises. Le mieux, c’est de réserver un créneau tôt le matin ou en semaine, et de garder du temps, parce qu’entre les Gauguin de Tahiti et les rêveries de Redon, ça ne se fait pas en vingt minutes. L’expo tient jusqu’au 8 mars 2027, donc pas de panique. Mais si vous ne deviez aimer qu’un seul tableau dans toute votre vie, autant que ce soit celui-là, en vrai, tant qu’il est de passage.

Crédit photo : Vincent van Gogh / Wikimedia Commons (domaine public)