Beabadoobee a passé sa tournée à écrire un album dans des chambres d’hôtel, et Pylon est son disque le plus électrique

Beatrice Laus a vingt-six ans, un nom de scène qu’on n’arrive jamais à taper du premier coup, Beabadoobee, et déjà cinq disques au compteur. Le dernier, Pylon, est sorti le 18 septembre chez Dirty Hit. Elle l’a écrit là où personne ne rêve de composer : entre deux dates, dans des loges, dans des chambres d’hôtel qui se ressemblent toutes, pendant qu’elle enchaînait les concerts pour défendre son album précédent.

Ça s’entend. Là où on l’attendait sur sa pop douce et un peu rêveuse, elle sort les guitares. Pylon regarde vers le grunge des années 90, l’emo du Midwest américain, ce rock qui passait à la radio quand elle n’était même pas née. Quatorze titres plus nerveux, plus saturés, pensés pour être joués par un vrai groupe sur scène plutôt que peaufinés tout seul devant un ordinateur.

Née aux Philippines, grandie à Londres, Beabadoobee traîne depuis ses débuts cette étiquette de gamine timide de la chambre à coucher qui postait ses maquettes sur internet. Pylon, c’est un peu le contraire. Un disque de fatigue et de mal du pays transformé en énergie. Le manque de la maison, les kilomètres avalés, la solitude bizarre qu’on ressent au milieu d’une foule qui chante vos chansons… tout ça finit en riffs.

Fake It Flowers

En attendant Pylon dans les bacs, son album phare Fake It Flowers reste une belle porte d’entree.

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Elle ne l’a pas fait seule. On trouve Hayley Williams, la voix de Paramore, sur Nothing To Prove. Brendan Yates de Turnstile débarque sur Powerlines. Ajoutez Chino Moreno des Deftones et Evan Stephens Hall de Pinegrove dans les crédits, et vous comprenez la direction : plus rugueuse, plus rock, moins sage.

Pour qui c’est ? Si vous aviez aimé la Beabadoobee vaporeuse des débuts, la bascule peut surprendre, mais elle reste très mélodique, jamais bruyante pour le plaisir de faire du bruit. Et si vous avez grandi avec le rock alternatif des années 90 et 2000, là vous êtes exactement dans la bonne pièce. C’est le genre d’album qui marche mieux fort, dans un casque, en marchant vite dans la rue.

Le plus beau, c’est que rien ne sonne calculé. Une artiste qui aurait pu refaire dix fois la même recette gagnante choisit plutôt d’aller se cogner à autre chose. On aime bien ça, ici : les gens qui préfèrent avoir quelque chose à prouver, justement au moment où ils n’ont plus rien à prouver.

Crédit photo : uDiscoverMusic