Claire Simon ne filme pas Annie Ernaux, elle filme des lycéens qui la lisent
Depuis mercredi, un documentaire un peu inattendu est sur les écrans, et il tient à une idée toute simple mais culottée. Pour raconter Annie Ernaux, prix Nobel de littérature 2022, Claire Simon a décidé de ne pas la filmer. Ou presque. À la place, la caméra s’installe dans des classes, un peu partout en France, et regarde des lycéennes et des lycéens lire ses textes, les triturer, se disputer sur ce qu’ils veulent dire.
Ça s’appelle « Écrire la vie : Annie Ernaux racontée par des lycéennes et des lycéens », et le titre annonce déjà le programme. Le film a fait le tour des festivals avant d’arriver chez nous : sélectionné aux Venice Days de la Mostra, choisi comme film d’ouverture du grand rendez-vous documentaire DOK Leipzig. Autant dire qu’il ne sort pas de nulle part.
Ce qui est malin, c’est le pari. On aurait pu attendre le portrait classique, l’écrivaine dans son bureau, les photos d’archive, la musique douce. Sauf que voilà, Ernaux passe justement son œuvre à raconter des vies ordinaires, la sienne et celle des gens dont elle vient. Alors filmer des ados de tous horizons en train de se reconnaître, ou pas, dans « La Place », « Les Années » ou « Mémoire de fille », c’est prolonger le geste plutôt que de le commenter.
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Et franchement, ça marche. On voit des jeunes buter sur une phrase, puis comprendre d’un coup qu’elle parle de leur propre famille, de la honte sociale, du fossé entre le monde d’où l’on vient et celui où l’école vous emmène. C’est le cœur d’Ernaux, ce déchirement de classe, et il prend une drôle de force dans la bouche de quelqu’un de seize ans.
Claire Simon filme tout ça sans esbroufe, à hauteur d’élève, en laissant le temps aux silences. Ceux qui connaissent son travail, « Récréations » ou « Le Concours », retrouveront sa façon d’observer l’école sans jamais la juger.
Pour qui c’est ? Pour les lecteurs d’Ernaux, évidemment, qui verront leurs livres préférés passer une sorte d’épreuve du réel. Mais aussi pour ceux qui n’ont jamais osé l’ouvrir et se demandent par où commencer. En sortant de la salle, vous aurez sûrement envie de repiquer un de ses courts romans dans la bibliothèque. C’est peut-être ça, la vraie réussite du film : il donne faim de lire.
Crédit photo : AlloCiné
